28 avril 2026
Sunset over the Sahel seen from the sand dunes outside Niamey, the capital of Niger

Picture taken about 15 km North-West of Niamey during the dry cooler season in the Sahel

Le Sahel : une région en proie à une crise sécuritaire et politique majeure

Le Sahel, autrefois au cœur de l’actualité internationale, est désormais relégué au second plan par les médias et les décideurs politiques. Pourtant, les crises qui frappent cette région d’Afrique de l’Ouest s’aggravent chaque jour. Entre 2020 et 2023, une vague de coups d’État a porté au pouvoir des régimes militaires dans plusieurs pays, promettant de rétablir la sécurité et la stabilité. Ces promesses n’ont pas été tenues. Au contraire, les groupes jihadistes ont consolidé leur emprise, multipliant les attaques contre les populations civiles au Mali, au Burkina Faso et au Niger, qui forment depuis 2023 l’Alliance des États du Sahel (AES).

Une violence jihadiste en constante expansion

Le Sahel est aujourd’hui la région la plus touchée par la violence jihadiste au monde. Les attaques perpétrées par des groupes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) ou l’État islamique au Sahel (EIGS) se sont intensifiées, ciblant aussi bien les forces de sécurité que les civils. Selon les dernières données, le nombre de morts liées à l’extrémisme violent a triplé depuis 2021, dépassant les 11 200 victimes en 2024. Ces chiffres incluent également les pertes civiles causées par les forces de sécurité nationales et leurs alliés, notamment les mercenaires russes de Wagner, dont les opérations ont souvent conduit à des massacres.

Au Mali : une sécurité nationale en péril

L’expulsion de la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) en 2023 a marqué un tournant dans la crise malienne. Le régime de Bamako, soutenu par des troupes russes, a repris les combats contre les séparatistes touaregs et les groupes jihadistes. Malgré ces efforts, les forces maliennes subissent des revers humiliants, comme l’embuscade de Tinzaouaten en juillet 2024, où près de 120 soldats et mercenaires ont été tués. Les attaques se sont ensuite multipliées, culminant en septembre 2024 avec des assauts simultanés contre une école de gendarmerie et l’aéroport militaire de Bamako, faisant plus de 70 morts parmi les forces de sécurité. Ces opérations démontrent une stratégie jihadiste audacieuse, visant à discréditer le régime tout en gagnant le soutien populaire.

La population malienne, prise en étau, paie un lourd tribut. En juillet 2024, une attaque lors d’un mariage dans la région de Mopti a coûté la vie à 40 personnes. En représailles, des frappes de drones de l’armée malienne ont tué plus de 20 civils. Malgré cette insécurité croissante, les Maliens conservent une confiance relative dans leurs forces armées.

Au Burkina Faso : l’État en recul face aux milices et aux jihadistes

Depuis le coup d’État de 2022, le Burkina Faso connaît une détérioration rapide de sa situation sécuritaire. Les groupes jihadistes contrôlent désormais près de 60 % du territoire, et les violences ont augmenté de 68 % entre 2022 et 2023. L’attaque la plus meurtrière de l’histoire du pays s’est produite en août 2024 à Barsalogho, où entre 130 et 600 civils ont été tués par le JNIM. Les forces de sécurité burkinabè ne sont pas en reste : des exactions, incluant des exécutions sommaires et des mutilations de cadavres, ont été documentées par des ONG.

Pour faire face à cette menace, le régime du capitaine Traoré a choisi de militariser la société en armant des civils, notamment via les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Ce recrutement, souvent forcé et ciblé, a exacerbé les tensions ethniques et les violences intercommunautaires. En mars 2025, des miliciens VDP ont massacré des civils peuls, déclenchant des représailles du JNIM. Avec plus de 2 millions de déplacés internes, le Burkina Faso est aujourd’hui le pays le plus touché par les déplacements forcés en Afrique de l’Ouest.

Au Niger : une escalade de la violence malgré une relative stabilité

Le Niger, bien que moins exposé que ses voisins, connaît une dégradation alarmante de sa sécurité depuis le coup d’État de 2023. Les attaques jihadistes se sont multipliées, avec une hausse de 51 % des attaques contre les forces de l’État en 2024. En mars 2025, une attaque contre une mosquée a fait 44 morts. Les forces nigériennes, en réponse, ont tué trois fois plus de civils en 2024 qu’en 2023, illustrant le cycle de violence dans lequel le pays s’enfonce.

Des transitions politiques éternelles et une dérive autoritaire

Les régimes militaires de l’AES ont prolongé indéfiniment leurs périodes de transition, modifiant les constitutions pour rester au pouvoir. Au Mali, la junte a annoncé une transition pouvant durer jusqu’en 2029, tandis qu’au Burkina Faso et au Niger, les chefs d’État se sont auto-promus généraux pour légitimer leur mainmise. Ces prolongations visent à consolider l’Alliance des États du Sahel et à renforcer les liens avec de nouveaux partenaires internationaux, comme la Russie.

Parallèlement, les régimes de l’AES ont renforcé leur contrôle sur l’information et la société civile. Les médias indépendants et étrangers ont été interdits ou suspendus, les journalistes réprimés, et les opposants politiques réduits au silence. Au Mali, des chaînes comme Joliba TV ont été fermées pour avoir évoqué des coups d’État fictifs, tandis qu’au Burkina Faso, des journalistes ont été enrôlés de force dans l’armée. Ces mesures visent à imposer une version unique des faits, masquant la réalité d’un territoire de plus en plus contrôlé par les groupes jihadistes.

Un silence médiatique trompeur aux conséquences lourdes

Le Sahel a disparu des unes des journaux internationaux, éclipsé par d’autres crises mondiales. Pourtant, les défis qui s’y posent – insécurité, crises humanitaires, déstabilisation régionale – n’ont jamais été aussi prégnants. Avec plus de 3,1 millions de déplacés internes et une insécurité alimentaire touchant 52,7 millions de personnes en Afrique de l’Ouest, la situation exige une attention urgente. L’Union européenne, bien que moins impliquée, doit clarifier sa stratégie pour éviter que la région ne tombe sous l’influence de nouveaux partenaires aux intérêts divergents.

Face à cette réalité, une question s’impose : l’Europe peut-elle se permettre de tourner le dos au Sahel ? Les crises qui s’y déroulent auront des répercussions bien au-delà des frontières africaines. Renforcer les liens avec les populations locales et réévaluer les partenariats internationaux doit devenir une priorité pour éviter une déstabilisation encore plus profonde.