9 mai 2026
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Face à une recrudescence d’allégations de disparitions forcées et d’exécutions sommaires ciblant les populations locales, les forces armées du Mali, du Burkina Faso et du Niger, engagées dans la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel, sont sous le feu des critiques. Cette situation alarmante suscite une profonde inquiétude de la part de l’Organisation des Nations unies.

Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de paix, a lancé un appel pressant au Conseil de sécurité lors d’une visioconférence dédiée au Sahel. Il a exhorté la Force conjointe du G5 Sahel et ses nations membres à « ne ménager aucun effort » pour garantir le respect des droits humains.

Ces préoccupations s’intensifient depuis plusieurs mois, parallèlement aux condamnations des actions jihadistes et des violences intercommunautaires qui déstabilisent la région.

Au début du mois d’avril, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a vivement dénoncé la « multiplication » des actes répréhensibles attribués aux forces militaires nationales.

Entre janvier et mars, l’ONU a recensé 101 exécutions extrajudiciaires perpétrées par l’armée malienne, ainsi qu’une trentaine d’autres par les soldats nigériens sur le territoire malien. Guillaume Ngefa, directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA, a affirmé que « ces chiffres, les noms et les circonstances ont été documentés ».

Au Burkina Faso, la mort de douze individus arrêtés pour présumée complicité avec des jihadistes, retrouvés décédés dans des cellules de gendarmerie à la mi-mai, a provoqué l’indignation. Des familles et des organisations non gouvernementales soutiennent qu’il s’agissait de civils abattus sommairement. Une enquête judiciaire a été promise.

Allégations graves et conséquences humanitaires

Au Niger, une liste de 102 personnes disparues en avril suggère qu’elles auraient été tuées par l’armée dans la région de Tillabéri, à l’ouest du pays. Le ministère de la Défense a annoncé l’ouverture d’une enquête, tout en réaffirmant le « professionnalisme » de ses troupes.

Régulièrement, des associations de défense des droits humains diffusent des listes nominatives et des photographies, alertant sur la disparition d’individus après des opérations militaires. Une majorité de ces disparus sont issus de la communauté Peule, souvent injustement associée aux complices des jihadistes.

Un responsable de l’association malienne Peule Tabital Pulaaku, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déploré : « Nous avons beau produire des rapports, dénoncer que tant de Peuls ont été massacrés et jetés dans un puits, ou montrer au monde une fosse commune, aucune action concrète ne s’ensuit. »

Abou Sow, président de Tabital Pulaaku, a tenu à préciser devant la presse : « Il est indéniable que certains Peuls ont rejoint les rangs du jihadisme, mais il serait naïf de réduire le jihadisme à une seule ethnie. »

Les gouvernements sahéliens ont toujours affiché un soutien indéfectible à leurs armées, qui, malgré des équipements souvent limités et une formation parfois insuffisante, paient un lourd tribut dans le combat contre le jihadisme.

Devant le Conseil de sécurité, Ismail Ould Cheikh Ahmed, chef de la diplomatie mauritanienne, s’exprimant au nom du G5 Sahel (Mauritanie, Tchad, Niger, Burkina Faso et Mali), a souligné que « l’atteinte d’une complète capacité de la Force conjointe s’entendait par sa capacité d’appréhender pleinement la dimension des droits de l’homme ».

La Mauritanie « conduit des actions en vue de faire respecter le droit », a-t-il affirmé. Abdou Abarry, ambassadeur du Niger et membre non permanent du Conseil, a renchéri en déclarant : « Nous adhérons pleinement aux droits humains », alors que des nations comme la Belgique exprimaient leur inquiétude face à des « allégations très sérieuses ».

Un contexte régional tendu

Dans une déclaration diffusée après sa réunion, le Conseil de sécurité a « pris note des mesures annoncées par plusieurs gouvernements du Sahel face à ces allégations de violations des droits humains, et encourage leur finalisation ».

Ces accusations contre les armées nationales surviennent à un moment critique pour la région du Sahel. D’une part, l’ONU doit faire face au scepticisme de certains membres du Conseil de sécurité concernant l’ampleur de sa mission au Mali, qui comptait 13 000 hommes à la mi-juin.

D’autre part, la France a réévalué les modalités de son engagement au Sahel suite au décès de 13 de ses soldats en novembre. Malgré la présence française, de la MINUSMA (dont le mandat doit être renouvelé) et de la nouvelle force conjointe du G5 Sahel, établie en 2017, la vague de violences n’a pas été enrayée, causant des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés depuis 2012.

Pour Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) à Bamako, « la protection des civils n’est qu’un objectif connexe » à la « priorité numéro 1 des forces militaires [qui] est de mettre hors d’état de nuire » les jihadistes.

Interrogé en mai sur ces exactions imputées aux armées nationales, le général Pascal Facon, commandant de la force anti-jihadiste française, les avait qualifiées d’« intolérables » et susceptibles de « poser un problème en terme de crédibilité des forces ».