17 juillet 2026
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Restaurer la confiance des populations face à l’épidémie d’Ebola en RDC

L’épidémie d’Ebola persiste dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), particulièrement dans les régions du Nord-Kivu. Alors que les équipes médicales déploient des centres de traitement et renforcent les soins, l’enjeu majeur reste la restauration de la confiance des habitants. À Butembo et Beni, Médecins Sans Frontières (MSF) mise sur une approche collaborative avec les communautés pour adapter les réponses sanitaires et sensibiliser efficacement la population.

Désinformation et méfiance : les défis de la lutte contre Ebola

Cette 17e épidémie d’Ebola frappe une région déjà fragilisée par l’instabilité sécuritaire, favorisant la propagation de rumeurs et de fausses informations. À Butembo et Beni, les habitants gardent en mémoire les traumatismes de l’épidémie de 2018-2020. Les restrictions imposées, comme l’interdiction des visites aux malades, ont nourri une défiance durable envers les interventions médicales. En 2019, ces tensions avaient même conduit à l’incendie partiel d’un centre de traitement, interrompant temporairement les activités de MSF dans la zone.

« Certains nous ont dissuadés d’emmener mon mari au centre, affirmant que les médecins voulaient le rendre malade », témoigne Elise*, dont l’époux a été testé positif au virus. Les accusations d’« Ebola business », associées à des dérives financières lors des précédentes crises, alimentent encore davantage les craintes. « Les mensonges circulent à tous les niveaux de la société », souligne le Dr Pablo Paluku Lwanzo, médecin en chef de la zone de santé de Butembo. Certains nient même l’existence de la maladie ou accusent les équipes médicales d’empoisonnement. Ces accusations, combinées à la rareté de l’aide humanitaire, rendent la tâche des soignants encore plus complexe.

Une propagation rapide et des chiffres sous-estimés

Au 13 juillet 2026, les zones de Butembo et Beni comptabilisaient respectivement 122 et 31 cas confirmés, pour 77 et 20 décès. « Ces chiffres ne reflètent pas la réalité », alerte Hugo Soubrier, épidémiologiste de MSF au Nord-Kivu. « Les patients arrivent trop tard dans les structures de santé, ce qui explique la mortalité élevée. Près de la moitié des personnes infectées ont été en contact avec des cas non identifiés. »

Un centre d’isolement innovant pour réconcilier soins et proximité familiale

Denise a vu sa sœur admise dans le nouveau centre d’isolement de Butembo, ouvert début juillet par MSF. Grâce à des visites encadrées à travers une vitre, elle peut garder un contact visuel avec elle chaque jour. « Savoir qu’elle est prise en charge me rassure », confie-t-elle. Ce centre, installé dans un bâtiment réhabilité de l’hôpital général de référence, vise à limiter la propagation du virus tout en maintenant un lien essentiel avec les familles.

Pour impliquer davantage les populations dans la lutte contre l’épidémie, MSF mise sur l’expertise locale. « Les habitants connaissent le terrain et l’histoire d’Ebola mieux que quiconque », explique Margot Grelet, cheffe de projet à Butembo. « Notre rôle est d’apporter le soutien médical, les équipements et les traitements nécessaires. » L’organisation collabore étroitement avec les leaders communautaires et religieux pour adapter ses interventions et encourager les consultations précoces, gages de meilleures chances de guérison.

Des relais communautaires pour briser les barrières de la méfiance

À Beni, à 50 km de Butembo, MSF adopte la même stratégie participative. « Nous nous appuyons sur les chefs de groupements, les leaders d’opinion et la société civile pour diffuser les messages de prévention », indique Delphine Ferry, responsable de la promotion de la santé. Sur le terrain, 150 relais communautaires formés par MSF répondent aux interrogations des familles sur le virus Bundibugyo et le fonctionnement des centres de traitement.

Des soins de proximité pour gagner la confiance des patients

Pour rapprocher les soins des populations et apaiser les craintes, MSF a mis en place des solutions concrètes. Un centre de soins de 26 lits est en cours de finalisation près de l’hôpital de référence de Beni, tandis que deux centres de santé locaux bénéficient d’un soutien direct pour offrir des soins primaires gratuits. Douze chambres d’observation ont déjà été aménagées dans les aires de santé de Kanzulinzuli et Malepe, et onze autres sont en construction à Madrandele et Kasabinyole. Ces espaces permettent d’isoler et de soigner les cas suspects en toute sécurité, tout en préservant un contact visuel et social avec leurs proches.

*Les prénoms ont été modifiés pour protéger l’anonymat des personnes interrogées.