16 juillet 2026
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Rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall : une décision qui divise le Sénégal

Au Sénégal, l’annonce d’une rencontre entre le président Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur Macky Sall, en vue d’obtenir son appui pour briguer le poste de secrétaire général des Nations unies, soulève une vague de critiques et de contestations. Cette visite, prévue à Dakar, cristallise les tensions autour des questions de justice et de réconciliation nationale.

Dakar 2026 : une manifestation contre la candidature de Macky Sall à l'ONU (illustration)

Justice et réconciliation mises à l’épreuve

Les associations de victimes des répressions survenues entre 2021 et 2024, période marquée par la gouvernance de Macky Sall, expriment leur indignation face à cette rencontre. Seydi Gassama, porte-parole de 67 familles endeuillées, dénonce un signal extrêmement négatif.

« Le retour de Macky Sall au Sénégal n’est pas en soi un problème, car il s’agit d’un citoyen sénégalais qui a tous les droits de circuler librement, déclare le militant des droits humains. Ce qui nous interpelle, c’est l’attitude du président Bassirou Diomaye Faye. Depuis son accession au pouvoir, aucune mesure concrète n’a été prise pour rendre justice aux victimes de l’ancien régime. Aucune indemnisation, aucun procès n’a été engagé. Et aujourd’hui, il reçoit Macky Sall pour lui apporter son soutien dans sa quête onusienne. C’est tout simplement inacceptable. Macky Sall porte une lourde responsabilité dans les événements passés. »

Des promesses électorales en suspens

Lors de sa campagne, Bassirou Diomaye Faye avait fait de la justice transitionnelle une priorité. Pourtant, plus de deux ans après son élection, les dossiers des victimes restent bloqués. Les indemnisations promises sont rares, et les procédures judiciaires inexistantes, un constat amer pour les collectifs de victimes.

Les organisations de défense des droits humains pointent du doigt cette inertie. Selon Seydi Gassama, le parcours de Macky Sall est incompatible avec une candidature à la tête de l’ONU, symbole de paix et de droits humains.

Réactions politiques et enjeux stratégiques

Les responsables de l’Alliance pour la République (APR), parti de Macky Sall, relativisent les critiques. Pour eux, les griefs exprimés par les victimes relèvent de l’exagération.

Assane Samb, analyste politique, analyse cette rencontre sous un angle stratégique. « Le président Diomaye Faye, en se détachant du Pastef, son parti d’origine, cherche à consolider une alliance politique inédite. Cette visite pourrait servir de levier pour fédérer les forces politiques traditionnelles contre le Pastef, encore très influent. Une manœuvre qui pourrait redéfinir le paysage politique sénégalais.

Manifestation à Dakar en février 2023 contre le report de la présidentielle : des débris jonchent la chaussée, un manifestant masqué lève les bras tandis qu'une fumée opaque s'élève en arrière-plan (photo d'archive)

Silence des principaux acteurs

À ce stade, ni la présidence sénégalaise ni le Pastef, dirigé par Ousmane Sonko, n’ont réagi officiellement à l’annonce de cette visite. Ce déplacement de Macky Sall, absent du Sénégal depuis avril 2024, marque son premier retour depuis la fin de son mandat.

Sa candidature à la succession d’Antonio Guterres à la tête de l’ONU n’a pas été endorsed par le Sénégal, contrairement aux usages diplomatiques. Elle a en revanche été soutenue par le Burundi, actuellement à la présidence tournante de l’Union africaine. En mars dernier, une vingtaine d’États africains, dont le Sénégal, avait déjà rejeté sa candidature.