Lors d’une conférence de presse organisée le 4 avril 2025 pour célébrer la fête nationale, le président Bassirou Diomaye Faye a exposé sans ambiguïté son intention de revoir la répartition des pouvoirs entre le chef de l’État et le gouvernement. « Je souhaite des dirigeants de haut niveau, des ministres influents et un Premier ministre doté de prérogatives étendues. Je ne veux pas incarner un président concentrant l’intégralité du pouvoir », a-t-il déclaré. Cette annonce soulève une question majeure : qui bénéficierait réellement de cette réforme constitutionnelle au Sénégal ?
Une redistribution stratégique des responsabilités
La future réforme constitutionnelle, actuellement en discussion, vise à modifier en profondeur l’équilibre institutionnel sénégalais. L’objectif affiché ? Rééquilibrer les pouvoirs entre les différentes institutions pour éviter toute concentration excessive au sommet de l’État. Mais derrière cette volonté de transparence se cache une opportunité majeure pour certains acteurs politiques.
Parmi les bénéficiaires potentiels, Ousmane Sonko apparaît comme le principal gagnant. Son parti, le Pastef, et ses alliés pourraient tirer profit de ce nouveau cadre constitutionnel. Voici pourquoi :
1. Renforcement du rôle du Premier ministre
Le texte projeté prévoit une autonomie accrue pour le Premier ministre, qui deviendrait un acteur central dans la gestion quotidienne du pays. Cette évolution offrirait à Sonko, en cas de victoire aux prochaines élections, une marge de manœuvre inédite pour appliquer son programme politique.
2. Limitation des pouvoirs discrétionnaires du président
En réduisant les prérogatives du chef de l’État, la réforme pourrait limiter les possibilités de blocage institutionnel. Une configuration avantageuse pour un opposant comme Sonko, qui pourrait ainsi contourner les freins politiques traditionnels.
3. Légitimation d’une gouvernance partagée
En instaurant un système où les décisions sont davantage collégiales, la nouvelle Constitution favoriserait une représentation équilibrée des forces politiques. Le Pastef, parti d’Ousmane Sonko, pourrait ainsi s’imposer comme un partenaire incontournable dans une coalition gouvernementale.
Les défis à relever pour le président Faye
Si la réforme semble taillée sur mesure pour Sonko, Bassirou Diomaye Faye doit composer avec plusieurs écueils. D’abord, convaincre les sceptiques de la nécessité de cette refonte. Ensuite, anticiper les résistances au sein même de son camp, où certains pourraient craindre une dilution de leur influence.
Par ailleurs, cette initiative pourrait être perçue comme une manœuvre politique visant à favoriser un rival. Une interprétation qui, si elle se confirmait, risquerait de fragiliser la crédibilité de la démarche.
Un pari politique risqué mais calculé
En optant pour une réforme constitutionnelle ambitieuse, Bassirou Diomaye Faye prend un pari audacieux. D’un côté, il affiche sa volonté de moderniser les institutions et de s’inscrire dans une logique de partage du pouvoir. De l’autre, il offre à Ousmane Sonko une tribune inespérée pour renforcer son influence politique.
Les prochains mois seront déterminants. Les débats parlementaires, les réactions de l’opposition et l’évolution de l’opinion publique détermineront si cette réformeconstitutionnelle servira les intérêts du pays… ou ceux d’un seul homme.