Un référendum organisé dans l’urgence : l’Église congolaise met en garde contre les risques
Alors que la République démocratique du Congo traverse une période de tensions extrêmes, marquée par des conflits armés récurrents, la proposition d’un référendum constitutionnel suscite de vives inquiétudes. Mgr Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), a exprimé sans ambiguïté son opposition à cette initiative. Selon lui, organiser un tel scrutin en pleine guerre serait une erreur stratégique aux conséquences imprévisibles.
Pourquoi la Cenco rejette le référendum ?
Dans un contexte où la stabilité du pays est déjà fragilisée par des affrontements persistants, la tenue d’un référendum apparaît comme une provocation inutile aux yeux de l’Église congolaise. Mgr Muteba a souligné que « les conditions ne sont absolument pas réunies pour garantir un processus électoral transparent et inclusif ». Plusieurs raisons justifient cette prise de position tranchée :
- L’insécurité généralisée : les zones de conflit rendent impossible toute organisation sereine du scrutin.
- L’absence de dialogue national : les tensions politiques actuelles empêchent un consensus sur les changements constitutionnels envisagés.
- Le risque de polarisation : un référendum mal préparé pourrait exacerber les divisions au sein de la société congolaise.
Les craintes de l’Église face aux revendications territoriales
Les récentes tensions liées aux activités du Mouvement du 23 Mars (M23) et aux tensions avec les forces régionales ont renforcé l’urgence d’une solution politique. La Cenco, en tant que pilier moral du pays, alerte sur les dangers d’une réforme constitutionnelle précipitée. « Un référendum en période de guerre équivaut à jouer avec le feu », a averti Mgr Muteba, rappelant que la légitimité d’un tel scrutin repose sur la paix et la participation citoyenne.
Les positions politiques en jeu
Le débat autour du référendum s’inscrit dans un contexte politique complexe, où les figures de Joseph Kabila et Félix Tshisekedi jouent un rôle central. Certains y voient une manœuvre pour prolonger ou consolider le pouvoir en place, tandis que d’autres craignent une aggravation des fractures ethniques et régionales. La Cenco, en tant qu’institution neutre, rappelle l’importance de respecter les procédures démocratiques et de privilégier le dialogue plutôt que les décisions unilatérales.
Que propose la Cenco comme alternative ?
Plutôt que de s’engager dans une réforme constitutionnelle controversée, l’Église congolaise appelle à une solution négociée entre toutes les parties prenantes. Elle recommande :
- La suspension immédiate des hostilités pour permettre un climat propice aux discussions.
- L’organisation d’un forum national inclusif afin de recueillir l’avis de tous les acteurs politiques et sociaux.
- Une réforme constitutionnelle progressive, après consolidation de la paix.
Pour Mgr Muteba, « la priorité absolue reste la protection des civils et la recherche d’une paix durable ». Il estime que toute autre initiative risque d’aggraver la crise actuelle et de compromettre l’avenir du pays.
Un appel à la responsabilité des dirigeants
En conclusion, la Cenco exhorte les autorités congolaises à écouter les alertes lancées par les différentes institutions nationales et internationales. Un référendum organisé dans l’urgence ne ferait qu’ajouter de la confusion à une situation déjà explosive. Dans un pays où la démocratie est souvent mise à l’épreuve, l’Église rappelle que la légitimité d’un gouvernement se mesure à sa capacité à protéger et à rassembler.