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À Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, des organisations de la société civile ont uni leurs forces, sous l’impulsion du Comité de crise de la Société civile pour la paix et la sécurité en RDC (CCPS-RDC), pour lancer officiellement le « Manifeste de Kasangulu ». Ce document ambitieux est présenté comme une véritable feuille de route citoyenne, destinée à guider la refondation et le redressement du pays, marquant un moment clé de la mobilisation citoyenne en RDC.
Ce Manifeste représente une réponse collective et structurée aux défis complexes qui minent la nation congolaise, qu’ils soient d’ordre politique, sécuritaire, économique, social ou institutionnel. Il est le fruit d’un processus participatif exhaustif, ayant rassemblé des délégués de diverses provinces, témoignant d’un véritable éveil citoyen en Afrique centrale.
Le texte propose une vision unifiée pour une transformation nationale profonde. Ses piliers incluent une gouvernance responsable, l’instauration d’une paix durable et d’une sécurité renforcée, la promotion de la justice sociale, une participation citoyenne accrue, l’amélioration de l’éducation et de la santé, le développement économique inclusif, la protection de l’environnement et le renforcement de l’État de droit.
La cérémonie de lancement a débuté par l’intervention de Madame Sylvie Nakweti, directrice de la Communication, du Plaidoyer et de la Documentation de la DYCOD-RDC, qui a salué l’engagement indéfectible des organisations de la société civile dans cette dynamique de renaissance nationale.
Le professeur Iyoka Jean Bedel a, quant à lui, mis en exergue le caractère inclusif et pédagogique du Manifeste. Il a affirmé que ce document offre à la République démocratique du Congo une base solide pour la réflexion et l’action en vue de sa reconstruction. « Le Manifeste citoyen est le fruit d’une démarche pédagogique et inclusive visant à doter la République démocratique du Congo d’une base de réflexion et d’action pour sa renaissance », a-t-il précisé.
La présentation officielle du Manifeste a été effectuée par Maître Patient Bashombe Matabishi, coordonnateur du CCPS-RDC. Il a souligné l’importance historique de cette initiative, affirmant que le pays traverse une crise profonde qui exige une mobilisation nationale sans précédent.
« Nous avons lancé aujourd’hui le Manifeste citoyen, également appelé Manifeste de Kasangulu, car c’est dans cette localité que les commissions chargées de son élaboration ont travaillé. Ce manifeste incarne la vision de la société civile pour le redressement du Congo. Nous sommes tous d’accord pour reconnaître que notre pays connaît une crise historique. La question est de savoir comment en sortir. Le Manifeste citoyen se veut une réponse et une voie à suivre pour le redressement et la refondation du Congo », a expliqué Maître Patient Bashombe Matabishi.
Maître Bashombe a également insisté sur le symbolisme de la date de lancement, quelques jours avant la célébration de l’indépendance nationale. Il a exprimé le désir de la société civile de participer activement au débat national et de sensibiliser chaque Congolais à sa responsabilité historique. « Ce débat ne doit pas être l’apanage des seuls acteurs politiques. Le Congo appartient à tous les Congolais. Avant tout, le Manifeste citoyen est une expression des citoyens. C’est un appel adressé à tous les patriotes pour défendre la République démocratique du Congo », a-t-il ajouté.
Monsieur Daie Mutombe Pierrot, président des Onusiens congolais, a présenté le courant idéologique sous-tendant la vulgarisation du Manifeste : la Révolution démocratique citoyenne, portée par le mouvement BLOC-RDC. Ce courant vise à promouvoir une citoyenneté active, la bonne gouvernance et la souveraineté nationale. À cette occasion, Maître Patient Bashombe Matabishi a été plébiscité à la présidence du BLOC-RDC, et le professeur Iyoka Jean Bedel a été désigné secrétaire général.
Concernant le débat sur une éventuelle révision ou modification de la Constitution, le coordonnateur du CCPS-RDC a rappelé la position claire de la société civile. Il a insisté sur la nécessité d’un large consensus pour toute modification des dispositions constitutionnelles dites « verrouillées », considérées comme le socle de l’unité nationale. Il a réaffirmé l’ambition du Manifeste citoyen de servir de référence dans le processus de réforme constitutionnelle.
« La révision est prévue par la Constitution elle-même. Cependant, nous estimons que toute démarche qui ne prendrait pas en compte l’ensemble des provinces et qui ne contribuerait pas au renforcement de l’unité nationale pourrait conduire à une implosion. Pour nous, la Constitution demeure l’outil fondamental de la cohésion nationale. C’est le principal texte qui rassemble tout le peuple congolais. En ce qui concerne les articles verrouillés, qui constituent en réalité le cœur du débat, nous pensons qu’un consensus est indispensable », a déclaré Maître Patient Bashombe Matabishi.
Il a poursuivi en affirmant :
« Ces dispositions ont été verrouillées par voie de consensus et non par voie électorale. En droit, le principe du parallélisme des formes signifie que seul un consensus peut remettre en cause un consensus. Dans cette dynamique, nous souhaitons faire du Manifeste citoyen un texte fondateur des futures orientations du pays. Il porte la vision que nous défendons, en tant que société civile et en tant que peuple, pour le renouveau de la République démocratique du Congo. »
Cette rencontre a rassemblé près de 200 organisations de la société civile, des représentants communautaires, des universitaires, des syndicalistes, des avocats, des médecins, des entrepreneurs, des organisations de jeunesse, des mouvements de femmes, des défenseurs des droits humains et de nombreux leaders locaux. Les participants ont unanimement salué la qualité du document et ont recommandé le lancement d’une vaste campagne nationale de vulgarisation pour assurer son appropriation par l’ensemble du territoire national et la diaspora congolaise.
En conclusion des travaux, le Comité de crise de la Société civile pour la paix et la sécurité en RDC a appelé toutes les composantes de la nation à s’approprier le Manifeste citoyen. Il est perçu comme une contribution essentielle à la refondation de l’État, à la consolidation de la paix et à l’édification d’un avenir plus juste, prospère et démocratique pour la République démocratique du Congo.
Ce lancement intervient dans un contexte national particulièrement tendu, marqué par l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, ainsi que par l’activisme persistant de groupes armés locaux et étrangers. Cette situation exacerbe une crise humanitaire déjà grave, entraînant un nombre croissant de déplacés internes et de réfugiés, alors même que les financements internationaux diminuent, que les initiatives diplomatiques stagnent et que les hostilités se poursuivent dans l’est de la RDC.
À cette complexité sécuritaire s’ajoute un débat houleux autour de la réforme constitutionnelle. En République démocratique du Congo, cette question a polarisé l’environnement sociopolitique, donnant naissance à deux coalitions majeures : la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) et la Coalition des Congolais pour le changement de la Constitution (C4). Chacun de ces camps revendique un large soutien populaire pour atteindre ses objectifs.