31 juillet 2026
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Depuis six ans, le pipeline Tchad-Cameroun représente une manne financière majeure pour les caisses de l’État camerounais. Entre 2020 et 2025, le Trésor public de Yaoundé a engrangé 222,2 milliards de FCFA sous forme de droits de transit prélevés sur le pétrole brut tchadien acheminé vers le port de Kribi. D’après le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, cette somme équivaut à une recette annuelle moyenne de 37 milliards de FCFA, perçue pour chaque baril transitant sur le territoire camerounais.

Le Tchad, dépourvu d’accès à la mer, repose entièrement sur cette infrastructure pour exporter sa production pétrolière. Le montant des droits de transit varie selon le volume transporté et le tarif appliqué, révisé périodiquement entre les deux pays. Ce mécanisme garantit au Cameroun une rentrée financière stable, directement liée à l’activité de l’oléoduc.

Une manne financière multipliée par plus de trois en dix ans

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2003 et 2011, Yaoundé avait perçu 85,5 milliards de FCFA de droits de transit, soit une moyenne annuelle de 10,7 milliards. Sur la période 2020-2025, les encaissements ont triplé, atteignant 222,2 milliards en seulement six ans. Cette progression spectaculaire s’explique par l’augmentation des volumes transportés, la révision des tarifs et les fluctuations du taux de change dollar-FCFA.

Cependant, il est essentiel de nuancer cette analyse. Les 222,2 milliards ne reflètent pas uniquement la hausse des volumes ou des tarifs, mais aussi l’impact du dollar sur la parité monétaire. Sans une ventilation détaillée des données, il est impossible de déterminer avec précision la part de chaque facteur dans cette croissance.

Des tarifs revus à la hausse à plusieurs reprises

Le relèvement progressif des droits de transit a joué un rôle clé dans l’augmentation des recettes. Initialement fixé à 0,41 dollar par baril en 2003, le tarif a été révisé en 2013 puis en 2018, pour atteindre 1,321 dollar par baril en 2023. Cette hausse, qui plus que triple le tarif initial, a mécaniquement boosté les revenus camerounais, indépendamment des volumes transportés.

Une nouvelle révision était prévue pour octobre 2023, mais aucun nouveau tarif n’a été officiellement communiqué depuis. Cette absence d’information crée une incertitude sur l’évolution future des droits de transit, alors que les négociations entre Yaoundé et N’Djamena restent un sujet récurrent de diplomatie économique.

Des comparaisons à interpréter avec prudence

Il est crucial de distinguer les périmètres comptables pour éviter toute confusion. COTCO, l’opérateur de la portion camerounaise de l’oléoduc, avait annoncé 200 milliards de FCFA reversés au Trésor entre 2004 et 2013. Cependant, ce montant incluait non seulement les droits de transit, mais aussi l’impôt sur les bénéfices et d’autres taxes. Il ne peut donc être comparé directement aux 222,2 milliards de 2020-2025, qui ne concernent que la redevance de passage.

Les données disponibles montrent que le pipeline reste un pilier des finances publiques camerounaises. À fin mai 2026, 15,1 milliards de FCFA avaient déjà été encaissés en droits de transit, confirmant l’importance de cette rente pour Yaoundé. La publication du nouveau tarif, attendue depuis octobre 2023, sera déterminante pour anticiper l’évolution des recettes futures.