
A young man uses a cellphone as he waits for an appointment at an MSF (Medecins Sans Frontieres/Doctors Without Borders)-run centre for minor migrants without a family in Pantin outside Paris on July 3, 2018. / AFP PHOTO / Christophe ARCHAMBAULT
Le nouveau mécanisme douanier appliqué aux téléphones importés au Cameroun tient-il ses promesses ? Entre avril et le début du mois de septembre 2026, la direction générale des douanes a encaissé 1,8 milliard de francs CFA, soit environ 2,7 millions d’euros, au titre des droits de douane et des taxes sur les téléphones, les tablettes et les terminaux numériques entrés sur le territoire. Avant l’entrée en vigueur de la réforme, ce type de marchandises ne rapportait guère plus de 100 millions de francs par mois aux caisses de l’État. Un bond spectaculaire qui ne convainc pourtant pas tous les importateurs, alors que l’administration met en avant des objectifs fiscaux, sécuritaires et économiques.

À l’avenue Kennedy, le commerce des téléphones importés cherche ses repères
L’avenue Kennedy, à Yaoundé, demeure le principal point de vente des téléphones portables importés au Cameroun. Et l’atmosphère y est pesante. Seydou, importateur de téléphones d’occasion, ne cache pas les difficultés qu’il rencontre avec les nouvelles règles de déclaration et de dédouanement. « Nous importons des téléphones d’occasion qui sont revendus ici entre 20 000 et 25 000 francs CFA. Ils sont dédouanés à l’aéroport, mais les douaniers n’enregistrent pas leur numéro de série. Quand nous les vendons aux clients, ceux-ci reviennent nous dire qu’ils reçoivent sans arrêt des messages annonçant que leurs téléphones vont être bloqués », raconte-t-il.
Des étiquettes qui s’envolent, des acheteurs de plus en plus hésitants
Depuis le 1er avril, les prix ont grimpé, confirme ce revendeur. « Les clients ne sont pas intéressés à acheter les téléphones non dédouanés, mais ils ne peuvent pas non plus payer le prix des téléphones dédouanés. Donc cela nous cause beaucoup de préjudices », témoigne Gérard Fontem. Comme lui, plusieurs commerçants affichent désormais des tarifs nettement plus élevés : sur certains modèles, la facture a presque doublé, passant de 45 000 à 85 000 francs CFA.
Pour l’administration des douanes, un barème qui remet les compteurs à zéro
Inspecteur principal des douanes et point focal de la réforme au sein de la direction générale des douanes à Yaoundé, Paul Olivier Libii récuse l’idée d’une flambée subie par l’ensemble du marché. « Ceux qui estiment que le prix du téléphone a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas [leurs taxes], parce que pour ceux qui s’acquittaient de la valeur transactionnelle à 66 %, le prix du téléphone va plutôt diminuer. Mais ceux qui ne payaient pas utilisaient le droit de douane comme variable d’ajustement pour mettre à mal ceux qui payaient. Le nouveau mécanisme va venir mettre tout le monde au même niveau. » Alors que la facture de certaines références passe d’environ 68 à 129 euros, les importateurs sont donc loin d’être asphyxiés, soutient-il.
Huit catégories de collecte et un taux global ramené de 67 % à 33,33 %
Le dispositif mis en place n’est pas une taxe supplémentaire, mais un nouveau système de collecte reposant sur la digitalisation, insiste Paul Olivier Libii : « La valeur transactionnelle a été divisée par quatre, voire par sept. Nous avons huit catégories de collecte qui vont de 5 000 à 400 000 francs CFA. Ensuite, le taux global est passé de 67 % à 33,33 %, donc ce sont des méthodes de facilité. »
- 1,8 milliard de francs CFA collectés entre avril et le début de septembre 2026, soit près de 2,7 millions d’euros.
- Environ 100 millions de francs CFA par mois avant l’entrée en vigueur de la réforme.
- Huit catégories de collecte, de 5 000 à 400 000 francs CFA.
- Un taux global ramené de 67 % à 33,33 %.
- Environ cinq millions de téléphones encore hors du circuit, que les services douaniers promettent de retrouver.
Cinq millions de téléphones encore hors du filet : quelle suite ?
Malgré la progression des recettes, une partie importante du marché continue d’échapper au dispositif : près de cinq millions d’appareils, selon les estimations avancées par l’administration douanière, qui assure que ces téléphones seront rattrapés par le nouveau système. Un chantier qui conditionne largement la réussite du mécanisme sur le long terme.
La véritable question n’est donc plus seulement de savoir combien l’État encaisse, mais si ce modèle numérique parviendra à convaincre à la fois les revendeurs de l’avenue Kennedy et les acheteurs camerounais, partagés entre téléphones non dédouanés à prix accessible et appareils en règle devenus plus chers.






