3 juin 2026
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Depuis le putsch militaire du 26 juillet 2023, les autorités nigériennes ont arbitrairement incarcéré plusieurs dizaines d’anciens responsables gouvernementaux et ont activement réprimé les médias critiques ainsi que toute forme de contestation pacifique. C’est ce qu’ont rapporté Human Rights Watch et Amnesty International. Ces organisations exhortent les autorités à libérer sans délai les personnes détenues pour des motifs politiques et à garantir le respect des droits à une procédure régulière.

Le 26 juillet, le général Abdourahmane Tiani, à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) autoproclamé, a orchestré le renversement du gouvernement du président Mohamed Bazoum. Depuis cet événement, le président Bazoum, son épouse et leur fils sont retenus au palais présidentiel de Niamey, la capitale. D’autres personnalités ont également été arrêtées. La junte a exercé des menaces, du harcèlement, de l’intimidation et des arrestations arbitraires à l’encontre de journalistes, de jeunes et d’individus perçus comme des opposants politiques, y compris ceux qui exprimaient des opinions divergentes.

Les arrestations arbitraires et les entraves à la liberté d’expression perpétrées par les autorités engagent le Niger sur une voie périlleuse en matière de respect des droits fondamentaux.

Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch.

« Il est impératif que les autorités cessent ces détentions arbitraires, qu’elles honorent les droits humains et qu’elles assurent la liberté de la presse. »

En réaction au coup d’état, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a imposé, dès le 30 juillet, la fermeture des frontières avec le Niger, la suspension des échanges commerciaux et financiers, et a brandi la menace d’une intervention militaire si le CNSP ne rétablissait pas Mohamed Bazoum dans ses fonctions. Le 10 août, la CEDEAO a durci les sanctions, incluant des interdictions de voyager et des gels d’avoirs, visant les putschistes et le pays. Le 22 août, l’Union africaine a suspendu la participation du Niger à ses instances, tout en adoptant une position prudente concernant une éventuelle intervention militaire ouest-africaine, privilégiant une approche pacifique pour un « retour à l’ordre constitutionnel ».

Le 11 octobre, les autorités nigériennes ont sommé la Coordinatrice résidente des Nations Unies, Louise Aubin, de quitter le territoire sous 72 heures. Cette décision faisait suite à des accusations de « sabotage » portées contre le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, pour avoir exclu le Niger de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre.

Depuis la prise de pouvoir, de nombreux cadres de l’ancien gouvernement ont été arbitrairement interpellés, parmi lesquels Sani Mahamadou Issoufou (ex-ministre du Pétrole), Hamadou Adamou Souley (ex-ministre de l’Intérieur), Kalla Moutari (ex-ministre de la Défense) et Ahmad Jidoud (ex-ministre des Finances). En septembre, ces personnalités ont été transférées dans les prisons de Filingué, Say, Kollo (région de Tillabéri) et Niamey, puis inculpées d’atteinte à la sûreté de l’État devant un tribunal militaire, malgré leur statut de civils, ce qui contrevient aux garanties d’une procédure équitable. Amnesty International et Human Rights Watch qualifient ces détentions d’arbitraires, les considérant comme politiquement motivées.

Human Rights Watch a exprimé de vives inquiétudes quant au bien-être de Mohamed Bazoum et de sa famille. Les deux organisations appellent les autorités à assurer leur sécurité et à respecter leurs droits fondamentaux. Le 13 août, la junte a annoncé son intention de poursuivre Bazoum pour « haute trahison » et atteinte à la sécurité nationale, mais il n’a toujours pas été présenté à un juge. Le 18 septembre, Mohamed Bazoum a déposé un recours auprès de la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja, au Nigeria, dénonçant des violations des droits humains subies par lui-même et sa famille durant leur détention. Il a également demandé sa réintégration immédiate en tant que président du Niger. Le 3 octobre, Salem Mohamed Bazoum, fils du président déchu, a contesté la légalité de sa propre détention devant le tribunal de grande instance de Niamey. Le 6 octobre, le tribunal a ordonné la libération du fils de Bazoum. Néanmoins, cette décision judiciaire n’a pas encore été appliquée par le CNSP. Dans un communiqué du 20 octobre, les avocats de Bazoum ont affirmé qu’il était détenu au secret avec sa femme et son fils, réfutant les déclarations des dirigeants militaires selon lesquelles il aurait tenté de s’évader.

Des professionnels des médias et des journalistes ont confié à Human Rights Watch et Amnesty International qu’ils subissaient une pression accrue dans l’exercice de leur métier depuis le coup d’état, ainsi que des intimidations, y compris des menaces de violence et de surveillance de la part d’agents gouvernementaux et d’autres acteurs.

Après le coup d’état, des journalistes locaux et internationaux ont été la cible de menaces, de harcèlement verbal en ligne et d’agressions physiques. Le 3 août, le CNSP a suspendu indéfiniment les chaînes d’information internationales Radio France Internationale et France 24.

« L’autocensure est devenue une stratégie de survie pour beaucoup d’entre nous, en particulier ceux qui ne partagent pas les opinions et les actions des nouvelles autorités », a témoigné un journaliste nigérien auprès de Human Rights Watch. « Les journalistes préfèrent éviter les sujets sensibles tels que les droits humains. »

Le 30 septembre, des individus se présentant comme des membres des forces de sécurité ont interpellé Samira Sabou, blogueuse et journaliste, au domicile de sa mère à Niamey. « Des hommes en civil, se déclarant des forces de sécurité, sont venus arrêter Samira », a raconté son mari à Amnesty International. « Ils lui ont mis une cagoule sur la tête et l’ont emmenée. » Le lieu de détention de Samira Sabou est resté inconnu pendant sept jours. La police judiciaire de Niamey a d’abord nié son arrestation, mais le 7 octobre, elle a été transférée à la brigade criminelle de la police de Niamey, où son avocat et son mari ont pu lui rendre visite. Le 11 octobre, elle a été inculpée de « production et diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public » et libérée dans l’attente de son procès.

Samira Sabou avait déjà été arrêtée par le passé en raison de ses activités journalistiques. En 2022, elle avait été condamnée à un mois de prison avec sursis pour ses enquêtes sur le trafic de drogue au Niger, et en 2020, elle avait été arbitrairement détenue pendant 48 jours pour cybercriminalité.

Les autorités ont activement réduit au silence les voix dissidentes. Dans un décret du 22 août, Tiani, le chef militaire du Niger, a prononcé sans explication la révocation de six universitaires et fonctionnaires d’État. La veille, les personnes concernées avaient, avec d’autres universitaires, signé une pétition se désolidarisant d’une déclaration du 1er août du Syndicat national des enseignants et chercheurs qui affichait son soutien au CNSP. Le 3 octobre, Samira Ibrahim, une utilisatrice des réseaux sociaux connue sous le pseudonyme « Precious Mimi », a été condamnée à six mois de prison avec sursis et à une amende de 300 000 francs CFA (environ 480 dollars américains) pour avoir « produit des données susceptibles de troubler l’ordre public ». Son inculpation faisait suite à une publication sur Facebook où elle évoquait le refus de l’Algérie de reconnaître le nouveau gouvernement nigérien.

Après le coup d’état, des sympathisants du CNSP, parfois organisés en groupes d’autodéfense, ont commis des actes de violence contre des membres du parti de Bazoum, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), et d’autres. Ces violences pourraient avoir été exacerbées par les tensions politiques liées à l’éventualité d’une intervention militaire de la CEDEAO.

Le 27 juillet, des partisans du gouvernement ont pillé et incendié le siège du PNDS à Niamey. Ils ont également détruit des dizaines de véhicules et agressé physiquement plusieurs membres du parti qui étaient rassemblés au siège. « Un jeune homme m’a frappée avec un bâton, pendant qu’un autre m’agrippait les seins », a rapporté une femme. Des témoins ont affirmé que les forces de sécurité n’avaient pas pris les mesures adéquates pour prévenir ces actes de violence.

En août, de jeunes membres de groupes d’autodéfense soutenant le coup d’état ont agressé sexuellement plusieurs femmes lors de patrouilles illégales aux principaux ronds-points de Niamey, selon les rapports de la police et de la Ligue nigérienne des droits de la femme. Au moins quatre victimes ont déposé plainte auprès de la police nigérienne contre leurs agresseurs, mais à ce jour, aucune inculpation n’a été prononcée pour ces délits.

Bien que le CNSP ait suspendu la constitution du Niger, il s’est engagé à respecter l’état de droit, la « démocratie pluraliste » ainsi que les droits et libertés garantis par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Niger est signataire, assure le droit à la liberté d’expression et proscrit les arrestations ou détentions arbitraires.

« Le Niger se trouve à un moment charnière », a souligné Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

La liberté d’expression, la dissidence et la liberté de la presse sont fondamentales pour la jouissance des autres droits et pour garantir la redevabilité du gouvernement. Les autorités militaires de transition doivent agir avec détermination pour mettre fin aux menaces, au harcèlement, à l’intimidation, aux arrestations et aux violences croissantes à l’encontre des journalistes, des organisations de médias et des opposants nigériens, et prendre des mesures efficaces pour respecter, protéger, promouvoir et mettre en œuvre les droits de tous dans le pays.

Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale