Depuis plus d’une décennie, le Niger subit une insécurité persistante qui résiste aux changements politiques et aux bouleversements géopolitiques. Malgré les alternances de pouvoir à Niamey, une constante persiste : l’hydre jihadiste ne recule pas, alimentant un conflit sans fin dans les zones frontalières du Mali et du Burkina Faso, ainsi que dans le bassin du lac Tchad.
Trois présidents, deux transitions démocratiques et un coup d’État plus tard, le constat reste le même : le terrorisme progresse. Que ce soit sous la stratégie occidentale de l’ère Issoufou-Bazoum ou la rupture souverainiste du général Tiani, la menace terroriste, incarnée par l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), maintient son emprise sur le pays.
L’ère Issoufou-Bazoum : l’alliance occidentale en question
Sous la présidence de Mahamadou Issoufou (2011-2021), le Niger s’est positionné comme le pilier de la lutte antiterroriste au Sahel. Niamey est devenue la base arrière des opérations militaires françaises et américaines, accueillant des centaines de soldats et une base de drones à Agadez.
Mohamed Bazoum, son successeur, a tenté d’y ajouter une dimension politique en engageant des dialogues avec certains groupes armés et en renforçant les forces spéciales nigériennes. Pourtant, malgré ces efforts, la menace terroriste n’a pas été éradiquée. Pire, la présence militaire étrangère a cristallisé un sentiment de perte de souveraineté dans une partie de la population et de l’armée, jugeant les résultats insuffisants.
Le tournant Tiani : souveraineté et nouvelles alliances
Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) ont renversé Mohamed Bazoum, justifiant leur coup de force par l’aggravation de la crise sécuritaire. Depuis, le Niger a rompu avec ses partenaires historiques et s’est tourné vers de nouvelles alliances, notamment avec le Mali, le Burkina Faso et la Russie.
Le nouveau régime mise sur une réponse exclusivement militaire, rejetant les « agendas cachés » de l’Occident. Pourtant, les faits sur le terrain contredisent cette ambition : les attaques des groupes armés se multiplient, ciblant des garnisons entières de l’armée nigérienne (FDS) et causant des pertes humaines et matérielles considérables.
Les conséquences d’un retrait occidental
Le départ des forces étrangères a laissé un vide capacitaire difficile à combler. Les rapports d’experts et d’observateurs internationaux soulignent une baisse drastique des capacités de renseignement, notamment aérien, et une désorganisation logistique coûteuse. Les sanctions économiques et l’isolement diplomatique aggravent encore la situation, rendant la guerre contre le terrorisme de plus en plus coûteuse.
Pourquoi le Niger s’enfonce-t-il dans cette spirale ?
Les régimes successifs, qu’ils soient civils ou militaires, ont commis la même erreur : traiter une crise politique et sociale par la seule force militaire. Deux approches se sont heurtées à l’échec :
- L’approche Issoufou-Bazoum : une dépendance excessive aux partenaires occidentaux, perçue comme une ingérence et déconnectée des réalités locales, a affaibli la légitimité de l’État.
- L’approche Tiani : le souverainisme militaire, bien que populaire sur le plan symbolique, a entraîné une perte de renseignements stratégiques et une asphyxie financière, tout en laissant les groupes armés profiter du chaos.
Au-delà des stratégies, les causes profondes de l’insécurité persistent : l’absence de l’État dans les zones périphériques, le manque de perspectives économiques pour les jeunes ruraux et les conflits intercommunautaires, exploités par les jihadistes pour recruter.
Vers une solution durable ?
Pour le général Tiani, le défi est désormais de prouver que sa formule militaire peut protéger les Nigériens. Mais la victoire ne peut être remportée par les armes seules. Une réintroduction massive des services publics – écoles, dispensaires, tribunaux – dans les zones touchées par l’insécurité s’impose. Sans cela, le Niger risque de voir cette guerre, effectivement, perdue à long terme.