Le Maroc face à une révolution démographique majeure
Les dernières projections du Haut-commissariat au plan (HCP) dessinent un Maroc profondément transformé d’ici 2060. Selon le scénario tendanciel, le royaume comptera 43,3 millions d’habitants à cette date, contre 36,8 millions aujourd’hui, soit une croissance de 17,8 % sur 36 ans. Une progression qui, bien que significative, masque une réalité plus complexe : le pays entrera dans une phase de stagnation démographique progressive, avec un taux d’accroissement annuel tombant à zéro d’ici 2060.
Une urbanisation massive et des défis territoriaux accrus
L’urbanisation continue du Maroc s’accélérera, avec une population urbaine qui représentera près de 75 % du total en 2060, soit 32,5 millions de personnes. À l’inverse, les zones rurales verront leur population chuter à 10,8 millions, accentuant les déséquilibres déjà observés. Le HCP alerte sur les enjeux cruciaux que posent cette transition : logement, infrastructures et services sociaux devront être repensés pour éviter l’aggravation des inégalités territoriales.
Pour contrer ce phénomène, l’institution plaide pour un développement rural renforcé, visant à améliorer les conditions de vie, retenir les jeunes et valoriser les ressources locales. L’objectif ? Préserver l’équilibre social et territorial du pays face à l’exode massif vers les villes.
Les jeunes générations en forte baisse
La baisse de la fécondité aura un impact direct sur les effectifs des jeunes. En 2060, la population âgée de 4 à 5 ans reculera de 23,8 %, celle des 6 à 11 ans de 27 %, et celle des 12 à 14 ans de 22,9 %. Le HCP y voit une opportunité stratégique : la réduction de la pression scolaire permettra de réallouer des ressources vers l’amélioration de la qualité éducative.
Une population active en mutation, entre opportunité et pression
Malgré la baisse des naissances, la population en âge de travailler (15-59 ans) augmentera de 13,1 %, passant de 22,08 à 24,96 millions. Une croissance inégale : +34,4 % en ville, mais -25,4 % en milieu rural. Le HCP met en garde contre les tensions sur le marché du travail, notamment dans les zones urbaines saturées par l’arrivée massive de jeunes actifs issus des campagnes.
Les 18-24 ans, futurs entrants sur le marché, verront leurs effectifs reculer de 3,1 % au niveau national, avec un contraste saisissant entre ville (+11,3 %) et campagne (-28,3 %). À l’inverse, la tranche des 50-59 ans connaîtra une hausse spectaculaire de 44,9 %, reflétant l’impact de la transition démographique amorcée dans les années 1970.
Un vieillissement démographique accéléré
Le Maroc franchira un seuil symbolique : en 2060, un quart de la population aura 60 ans ou plus. Le nombre de seniors passera de 5 à 10,9 millions, avec une croissance annuelle moyenne de 2,2 %. Les 70 ans et plus seront particulièrement touchés, avec une multiplication par trois de leurs effectifs (de 2,06 à 6,3 millions).
Cette dynamique s’explique par la baisse de la fécondité depuis 1975 et l’allongement de l’espérance de vie. Les générations nées après cette date atteindront l’âge de la retraite à partir de 2035, accélérant le vieillissement. Le HCP souligne que cette transition, bien que structurelle, nécessite une anticipation immédiate des politiques publiques.
Des défis majeurs pour les années à venir
L’accélération du vieillissement fera peser une pression inédite sur le système de retraites, les soins de santé et les solidarités familiales. Le HCP insiste sur la nécessité de réformer les politiques publiques dès à présent, en intégrant cette mutation dans les stratégies d’éducation, d’emploi, d’aménagement du territoire et de protection sociale.
Un Maroc en 2060 sera un pays où la croissance démographique ralentira, mais où le vieillissement s’imposera comme une réalité durable. Une période charnière s’ouvre : celle de la valorisation de la population active avant que le poids des dépendances ne s’alourdisse davantage.