17 juillet 2026
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Comment des comptes pro-AES ont tenté de manipuler l’annonce de la mort d’un soldat français au Mali ?

Entre le 4 et le 9 juillet dans la région d’Anéfis, l’armée malienne, épaulée par des éléments russes du groupe Wagner, a mené des opérations militaires contre des groupes terroristes. Ces affrontements ont été le théâtre d’une campagne de désinformation visant à discréditer l’armée française, pourtant retirée du territoire malien depuis août 2022. Les manipulateurs ont tenté d’impliquer un soldat français dans ces combats aux côtés de mouvements armés comme le Front de libération de l’Azawad et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

Le soldat français décédé lors d'un entrainement en France, le 7 Juillet, n'a rien à voir avec ce mercenaire russe tué au Mali en 2024.

Une intoxication méthodique pour semer le doute

Dès la fin des combats à Anéfis, les premiers messages trompeurs ont émergé sur la plateforme X. Leur objectif ? Détourner l’information officielle concernant la mort d’un militaire français survenue le 7 juillet lors d’un entraînement dans les Alpes. Le sergent Pena, légionnaire d’origine russe, a péri accidentellement en service. Pourtant, les comptes pro-AES ont rapidement suggéré une autre hypothèse : « d’autres versions circulent, évoquant une possible mort à Anéfis au Mali ».

Aucun soldat français n'a été tué à Anéfis, ces posts sont mensongers.

Une photo détournée pour tromper l’opinion publique

Le lendemain, une image macabre a été diffusée : on y voyait un soldat blanc gisant dans le sable, censé représenter la mort du militaire français. Cette photo, dont les traits rappellent étrangement ceux du sergent Pena, a été habilement exploitée par les manipulateurs. Ils ont mis en avant l’origine russe du légionnaire pour créer une confusion délibérée et ébranler la crédibilité des forces françaises.

Capture des posts officiels consécutifs à la mort du Sergent Pena.

Une image issue d’un conflit antérieur

Les experts du Sahel, consultés pour analyser ces clichés, ont rapidement identifié une origine bien différente. Les images provenaient en réalité de la bataille de Tinzaouatène, qui s’est déroulée il y a deux ans dans le nord du pays. Une recherche inversée a confirmé cette piste : le même cliché, mais de meilleure qualité, montrait l’individu présenté comme un mercenaire russe. Impossible de vérifier l’authenticité de cette source, issue d’un forum anonyme où l’anonymat permet toutes les dérives.

Nous avons cherché à retrouver l'image de l'homme en tenue militaire qui apparait dans les posts de propagande. Nous avons changé l'orientation de l'image et son visage a été flouté par la suite.

Des vidéos de propagande révélatrices

Une vidéo de six minutes, diffusée en 2025 par le Front de libération de l’Azawad, a permis de retracer l’origine de ces images. On y retrouve le même corps parmi d’autres dépouilles de combattants russes. Les détails concordent : la disposition des corps, les treillis militaires, la forme des visages et la coupe de cheveux. Ces éléments confirment que les clichés utilisés pour l’intoxication proviennent bien d’archives de 2024.

Ce document mis en ligne par l'un des mouvements armés du Nord du Mali, montre les soldats russes tués en 2024 dans le secteur de Tinzaouatène
L'analyse de la disposition des corps, de la position de la main, et des traits du visage permet de retrouver la scène dont l'image trompeuse a été extraite.

Cette campagne de désinformation repose donc sur une image sortie de son contexte : un cliché d’archive montrant des membres du groupe Wagner morts à Tinzaouatène en 2024, et non un soldat français prétendument tué à Anéfis en 2026.

Une manipulation qui n’a pas fait long feu

Le récit accusant les militaires français de complicité avec les terroristes n’est pas nouveau. Cependant, cette tentative de manipulation a rapidement montré ses limites. Limitée aux comptes habituels de la propagande sahélienne, l’intoxication n’a pas trouvé d’écho significatif. Plusieurs utilisateurs ont même dénoncé ces tentatives de désinformation dans les commentaires. Ce manque de crédibilité peut s’expliquer par la répétition excessive de ce type de narratif depuis quatre ans, qui finit par s’user et perdre son impact.

Les mêmes comptes ont diffusé par la suite de fausses informations sur de prétendus prisonniers français. Il s'agit encore d'images d'archives.

Selon nos observations, cette publication n’a pas dépassé les 50 000 vues sur la plateforme X. Pourtant, cette tentative d’usurpation d’identité d’un soldat français décédé en service et l’atteinte à sa mémoire constituent une atteinte grave à l’éthique et à la déontologie journalistique.