Mali : l’urgence de rétablir la circulation civile face aux blocages jihadistes
Les civils maliens subissent de plein fouet les conséquences des tensions persistantes dans le pays. Depuis fin avril, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) impose un blocus routier à Bamako, aggravant une situation déjà précaire. Cette mesure asphyxie la capitale, entièrement dépendante des importations terrestres pour son approvisionnement.
Dans un communiqué publié ce jour, Amnesty International alerte sur les répercussions dramatiques de ce blocus. « Les restrictions imposées à la libre circulation des populations entravent leur accès aux denrées essentielles et menacent leurs droits fondamentaux à l’alimentation, à la santé et à la sécurité. »
L’organisation non gouvernementale dénonce également une attaque récente contre un convoi commercial non protégé, ciblant des camions transportant des fruits entre Bamako et Bougouni. « Ces véhicules civils, dépourvus d’escorte militaire et ne transportant aucune cargaison ou personnel à caractère stratégique, constituent des cibles inacceptables. »
Kidal : escalade militaire et tensions persistantes
De son côté, l’armée malienne annonce une intensification de ses frappes sur Kidal, ville désormais sous contrôle des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et de leurs alliés du Jnim. Les autorités militaires revendiquent déjà plusieurs interventions, tandis que les séparatistes affirment détenir plus de 200 soldats maliens capturés lors des combats du 25 avril.
Les habitants de Kidal subissent des coupures d’électricité et des difficultés de communication prolongées. Dans ce contexte de désinformation, la population locale se trouve dans une impasse, incapable de distinguer les informations fiables des rumeurs.
À Gao, sous contrôle gouvernemental, la méfiance domine malgré tout. Une habitante témoigne : « Les autorités nous exhortent à nous en remettre à leurs communiqués, mais la hausse des prix des denrées alimentaires, comme l’oignon dont le kilo a doublé, illustre l’ampleur de la crise. »
L’analyste politique Hervé Lankoandé Wendyam met en lumière une stratégie plus large : « Il existe une volonté affichée de séparer le Nord du reste du pays. Les actions du Jnim dans le centre visent à radicaliser davantage le conflit en s’emparant des zones urbaines. »
Centre du Mali : djihadistes en embuscade
Les régions de Ségou et de Koulikoro, situées sur la rive gauche du fleuve Niger, sont désormais sous l’emprise de groupes armés. Ces zones, où l’administration malienne est absente, subissent le prélèvement forcé de la zakat par les djihadistes. Le bilan est lourd : plus de 2 300 écoles fermées dans tout le pays, principalement dans le centre et le Nord.
Pour Abdoulaye Sounaye, chercheur spécialisé dans les mouvements jihadistes au Sahel, les forces en présence adoptent une posture attentiste. « Le gouvernement et l’armée malienne semblent se préparer à une riposte d’envergure, tandis que le Jnim et le FLA réorganisent leurs rangs en prévision d’éventuelles offensives. »
Les populations civiles paient le prix fort : « Entre exactions des groupes armés et réponses militaires, les habitants sont pris en étau. Une solution durable passe nécessairement par le dialogue entre toutes les parties. »
Les experts s’accordent sur un point : la crise malienne dépasse le cadre sécuritaire. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, souligne : « Le Mali doit impérativement engager un dialogue national pour surmonter cette crise politique. Sans ouverture, le pays risque de s’enliser dans un conflit sans fin. »
Cependant, le gouvernement malien rejette catégoriquement toute négociation avec le FLA et le Jnim, qu’il qualifie de groupes terroristes. Ironiquement, des discussions secrètes ont déjà eu lieu avec ces mêmes acteurs pour assurer l’approvisionnement en carburant du pays.
Pour Abdoulaye Sounaye, une issue pacifique est inévitable : « À terme, les différentes forces en présence seront contraintes de s’asseoir autour d’une table pour trouver un compromis. L’histoire des conflits nous l’enseigne. »