Amnesty International sonne l’alerte sur le blocus imposé à Bamako
Alors que le Mali subit une crise humanitaire aggravée, Amnesty International a lancé un appel pressant aux groupes armés pour mettre fin au blocus qui étouffe la capitale, Bamako, depuis plus de deux semaines. Les civils, pris au piège de cette situation, subissent des violations graves de leurs droits fondamentaux, selon l’ONG.
Une situation humanitaire alarmante pour les civils
Depuis le 30 avril, les jihadistes du JNIM ont réduit à néant la liberté de circulation vers Bamako en bloquant les axes routiers essentiels. Cette stratégie asphyxie la capitale, dépendante à 100 % des importations par la route. Amnesty International dénonce des conséquences dramatiques : « Le blocus actuel de Bamako entraîne des violations inacceptables des droits des civils, menaçant leur sécurité alimentaire, leur santé et leur vie. »
L’ONG révèle qu’un convoi de camions civils, transportant des fruits entre Bamako et Bougouni, a été attaqué le 6 mai par les insurgés. Ces véhicules, « ni escortés par l’armée ni chargés de matériel militaire », ont été pris pour cible sans aucune justification légale.
L’armée malienne intensifie ses opérations
Face à cette escalade, l’armée malienne a annoncé une intensification de ses frappes sur Kidal, ville contrôlée depuis fin avril par les rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) et leurs alliés du JNIM. Les autorités militaires revendiquent déjà plusieurs frappes réussies.
Les séparatistes touareg, quant à eux, affirment détenir 200 militaires maliens capturés lors des attaques du 25 avril. Une habitante de Kidal témoigne de coupures d’électricité et de communications totalement rompues avec le reste du pays, plongeant la région dans une opacité inquiétante.
Une population en proie au doute et à la méfiance
À Gao, sous contrôle gouvernemental, les habitants vivent dans un climat de suspicion. « On nous demande de croire aveuglément les communiqués officiels », confie une résidente. Les prix des denrées flambent : le kilo d’oignon a doublé en quelques semaines, aggravant la précarité des ménages.
Les analystes pointent du doigt une stratégie délibérée des groupes armés pour « détacher le Nord du reste du Mali ». Hervé Lankoandé Wendyam, spécialiste des dynamiques sécuritaires en Afrique de l’Ouest, explique : « Le JNIM cherche à radicaliser le conflit en s’emparant de villes, tandis que le centre du pays sombre dans l’insécurité. »
Le centre du Mali sous emprise jihadiste
Les régions de Ségou et Koulikoro, notamment sur la rive gauche du fleuve Niger, sont désormais sous le joug des djihadistes. Plus de 2 300 écoles ont fermé leurs portes dans le nord et le centre du pays, privant des milliers d’enfants d’éducation. Les villages subissent des prélèvements forcés (zakat) et des exactions quotidiennes.
Abdoulaye Sounaye, chercheur au Leibniz-Zentrum Moderner Orient, observe un « réarmement généralisé des forces en présence ». « L’armée malienne se prépare à une contre-offensive, tandis que le JNIM et le FLA se réorganisent. » Il craint que les populations ne paient le prix fort dans ce bras de fer.
Dialogue ou escalade : quel avenir pour le Mali ?
Les experts s’accordent sur un point : la solution passe par un dialogue inclusif. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste : « Le gouvernement malien doit ouvrir des négociations avec toutes les composantes du pays pour éviter une crise éternelle. »
Pourtant, Bamako refuse officiellement tout échange avec le FLA et le JNIM, qu’il qualifie de groupes terroristes. Ironie de l’histoire : des discussions secrètes avaient déjà eu lieu pour assurer l’approvisionnement en carburant…
Abdoulaye Sounaye prédit : « Tôt ou tard, ces forces devront s’asseoir à une table pour trouver un accord. Les Maliens en ont assez de subir les conséquences de cette guerre. »