21 juillet 2026
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Le Mali traverse une phase critique de sa crise sécuritaire. Dimanche 19 juillet, la région de Mopti a été secouée par une série d’attaques simultanées attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une faction affiliée à Al-Qaïda. Ces assauts, revendiqués par le groupe, ciblent les Forces armées maliennes (FAMa), les mercenaires d’Africa Corps et les milices locales, démontrant une capacité opérationnelle intacte malgré les cinq ans écoulés depuis le coup d’État d’Assimi Goïta.

Une offensive coordonnée aux conséquences lourdes

Quatre attaques distinctes ont été menées dans le cercle de Douentza et aux abords de Kansila. Le JNIM a utilisé trois engins explosifs improvisés (IED) visant un convoi logistique, un camion militaire et un détachement de soldats à moto. Ces cibles, choisies avec soin, visent à perturber les mouvements des forces régulières et de leurs alliés. Une attaque directe a également été perpétrée contre les milices Dozo, des chasseurs traditionnels souvent mobilisés comme forces supplétives. Selon les déclarations du groupe, trois membres des Dozo ont été tués lors de cet assaut.

Bilan désastreux de la junte militaire

Depuis le putsch de Assimi Goïta, les promesses de restauration de la souveraineté territoriale se heurtent à une réalité accablante. Les statistiques, notamment celles compilées par des observatoires indépendants comme l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), révèlent une dégradation alarmante. Le nombre de victimes liées aux violences a doublé, voire triplé dans certaines zones, par rapport à la période antérieure au coup d’État. L’émergence d’Africa Corps et les tensions interethniques exacerbées ont alimenté un recrutement massif au sein des groupes djihadistes. Par ailleurs, les attaques, désormais quotidiennes, paralysent les axes routiers majeurs du pays.

Un territoire de plus en plus hors de contrôle

Malgré les discours officiels célébrant les avancées symboliques des FAMa, comme la reprise de Kidal fin 2023, la situation sur le terrain reste préoccupante. Le centre et le nord du Mali sont désormais des zones grises, où l’État peine à exercer son autorité. Les Nations Unies estiment à plus de 400 000 le nombre de déplacés internes, fuyant les exactions des groupes armés et les violences collatérales des opérations militaires.

Le blocus imposé par le JNIM et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dans plusieurs localités plonge des régions entières dans une crise humanitaire. L’impossibilité de sécuriser les routes entrave l’acheminement de l’aide, transformant une crise sécuritaire en un drame humanitaire silencieux.

Africa Corps : une coopération stérile et coûteuse

Pour pallier le retrait des forces françaises et de la MINUSMA, Bamako s’est tourné vers Moscou. Les mercenaires d’Africa Corps, héritiers du groupe Wagner, ont été déployés en masse. Pourtant, leur bilan est loin d’être à la hauteur des attentes. Sur le plan militaire, leurs méthodes brutales n’ont pas permis d’endiguer la menace. Les exactions attribuées à ces forces, comme le massacre de Moura, ont poussé les populations locales à se rapprocher des insurgés, perçus comme des protecteurs. Les pertes régulières et l’insuffisance des effectifs rendent toute contre-insurrection efficace illusoire.

L’aviation militaire, un atout devenu handicap

Face au manque de troupes au sol, le régime a massivement investi dans l’acquisition d’aéronefs, notamment des drones Bayraktar TB2 et des hélicoptères d’attaque. Ces équipements ont initialement permis des frappes ciblées. Cependant, cette stratégie se heurte aujourd’hui à des défis majeurs. La maintenance des appareils, dépendante de pièces détachées russes complexes à acheminer, est défaillante. Plusieurs aéronefs, comme les L-39 Albatros ou les Mi-24, ont été perdus lors d’accidents ou abattus par les rebelles. Les djihadistes ont adapté leurs tactiques : déplacements en petites unités, utilisation du couvert végétal ou infiltration parmi les civils, rendant les frappes aériennes inefficaces et souvent meurtrières pour les populations.

L’impasse d’une stratégie purement militaire

Les attaques du 19 juillet dans la région de Mopti ne sont pas des événements isolés, mais le symptôme d’un échec systémique. La stratégie du « tout-militaire » adoptée par la junte montre ses limites. En coupant les ponts avec les partenaires régionaux et internationaux, et en s’appuyant sur des mercenaires russes davantage préoccupés par l’exploitation des ressources que par la stabilisation du pays, Bamako s’est enfermé dans une impasse. Sans une approche globale combinant gouvernance, retour des services publics et protection des civils, le Mali risque de voir son territoire se réduire comme une peau de chagrin, sous la pression d’un djihadisme sahélien en pleine expansion.