Alors que Bamako avait fait de la Russie son pilier sécuritaire après le départ des forces occidentales, les récentes évolutions invitent à une question cruciale : le Mali peut-il réellement compter sur Washington pour combler le vide laissé par Moscou ? Entre échecs militaires russes, revers opérationnels et montée des tensions, la junte malienne semble désormais explorer toutes les options – y compris celle d’un rapprochement stratégique avec les États-Unis.
Un revirement diplomatique qui interroge le partenariat russe
Février 2026 marque un tournant discret mais significatif : l’administration américaine lève les sanctions imposées à plusieurs hauts responsables maliens, dont le ministre de la Défense. Simultanément, des négociations s’engagent pour permettre aux États-Unis de reprendre des missions de surveillance aérienne au-dessus du territoire malien. Une coopération logistique qui, quelques années plus tôt, aurait été impensable.
Pourtant, les estimations les plus récentes révèlent un bilan contrasté : malgré l’engagement de forces russes comme Wagner puis l’Africa Corps, la menace jihadiste persiste, voire s’aggrave. Le Jihad islamique au Sahel (JNIM) et ses alliés continuent de mener des attaques dévastatrices, tandis que les pertes civiles imputables aux forces gouvernementales et à leurs alliés russes atteignent des niveaux records.
La sécurité au Mali : Moscou dans l’impasse, Washington dans la balance
Un partenariat russe sous le feu des critiques
Les données compilées par l’ACLED pour l’année 2025 sont révélatrices : les forces maliennes et leurs alliés russes auraient été responsables de 918 décès civils, contre 232 attribués aux groupes armés. Parallèlement, le JNIM a réussi à asphyxier les axes logistiques du pays, imposant un blocus partiel des approvisionnements en carburant.
Les revers militaires s’accumulent également : en avril 2026, une coalition de jihadistes et de rebelles touaregs inflige de lourdes pertes aux troupes maliennes et à l’Africa Corps. Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, formé en Russie, est tué dans un attentat. La perte stratégique de Kidal, reprise en 2023 grâce à l’appui russe, confirme l’affaiblissement de l’influence de Moscou.
Les États-Unis, nouvelle carte maîtresse malienne ?
Face à cette situation, Bamako semble chercher une alternative. Les discussions en cours avec Washington portent sur deux axes majeurs : le partage de renseignements militaires et la reprise de vols de surveillance. Une coopération qui pourrait permettre au Mali de compenser les lacunes de l’alliance russe, notamment en matière de renseignement aérien et de technologies de pointe.
Les autorités maliennes n’ont pas attendu pour tester cette nouvelle dynamique : des informations transmises par les États-Unis auraient déjà contribué à des opérations contre des cadres du JNIM. Une collaboration qui pourrait s’intensifier, à condition que les deux parties parviennent à surmonter leurs divergences.
Une stratégie pragmatique plutôt qu’une rupture idéologique
Contrairement à ce que certains observateurs imaginent, le Mali n’a pas choisi de tourner définitivement le dos à la Russie. Moscou conserve des intérêts économiques majeurs – mines d’or, projets énergétiques – et continue de soutenir Bamako sur la scène internationale. La junte malienne opte plutôt pour une approche réaliste : diversifier ses partenariats pour répondre à des besoins multidimensionnels.
Cette logique explique pourquoi les discussions avec Washington, bien que prometteuses, restent prudentes. Le Mali cherche avant tout à sécuriser des capacités que Moscou ne lui fournit pas : surveillance avancée, analyse des réseaux jihadistes et soutien technologique. Une complémentarité qui pourrait redessiner l’échiquier géopolitique du Sahel.
Quel avenir pour Bamako entre deux superpuissances ?
Le Mali se trouve désormais à la croisée des chemins. D’un côté, la Russie, dont le bilan sécuritaire est contesté et dont l’image souffre des échecs répétés. De l’autre, les États-Unis, dont l’offre de coopération est alléchante mais dont les engagements restent incertains.
Pour la junte de Bamako, l’enjeu est double : éviter de reproduire les erreurs du passé – une dépendance excessive envers un seul partenaire – tout en exploitant les rivalités entre grandes puissances pour maximiser ses gains stratégiques. Une équation complexe, où chaque décision pourrait avoir des conséquences durables sur la stabilité du pays.
Une chose est sûre : le monopole russe sur la sécurité malienne n’est plus un dogme intouchable. À Bamako, on commence à envisager sérieusement que Washington puisse jouer un rôle clé dans l’équation sécuritaire. Reste à savoir si cette hypothèse se transformera en réalité durable.
Les défis à venir : entre espoirs et réalités
- La question de la souveraineté : Le Mali doit-il accepter une dépendance accrue envers Washington, alors qu’il a passé plusieurs années à dénoncer l’ingérence occidentale ?
- L’efficacité de l’aide américaine : Les États-Unis pourront-ils fournir des garanties sécuritaires durables, ou leurs engagements resteront-ils conditionnels ?
- L’équilibre des forces : Comment Bamako évitera-t-il de s’aliéner Moscou tout en tirant profit de l’ouverture vers Washington ?