26 septembre 2026
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Neuf ans après son inscription sur la liste noire financière de Washington, le général François Olenga peut de nouveau traiter avec des Américains. Mais derrière le soulagement personnel pointe une interrogation de fond : la République démocratique du Congo est-elle enfin prête à sanctionner elle-même ceux qui commettent des crimes internationaux sur son territoire, plutôt que d’attendre que d’autres le fassent à sa place ?

Ce que le Trésor américain a officiellement décidé

C’est l’avocat du général quatre étoiles à la retraite, Me Aimé Kilolo Musamba, qui a rendu la nouvelle publique dans un communiqué daté du 23 septembre et diffusé ce vendredi. Le document officialise une décision attendue depuis des années.

« Le Département du Trésor des États-Unis m’a officiellement notifié la décision de l’OFAC de retirer le Général François Olenga Tete et Safari Club de la liste américaine des sanctions », annonce l’homme de loi.

Ce que le retrait change concrètement pour Olenga et sa N’sele

Les effets de la mesure sont immédiats. François Olenga n’est plus visé par le gel de ses éventuels avoirs sur le sol américain et retrouve la faculté de nouer des relations d’affaires avec des entités ou des particuliers américains. Une interdiction qui pesait aussi, jusqu’ici, sur son prestigieux complexe touristique Safari Beach, implanté à la N’sele, désormais autorisé à recevoir de nouveau une clientèle venue des États-Unis.

Neuf années de démarches et de plaidoyer menés jusqu’à Washington

Pour le conseil du général, la décision ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’un long combat juridique mené sans relâche.

« Cette décision marque l’aboutissement de plus de neuf années de travail, de démarches et de plaidoyer, qui m’ont notamment conduit à plusieurs reprises à Washington pour défendre ce dossier auprès des institutions américaines. J’ai toujours soutenu que les éléments du dossier ne justifiaient pas le maintien de ces sanctions contre mon client. Aujourd’hui, cette longue procédure aboutit », écrit Me Aimé Kilolo Musamba.

Un avocat africain face aux mécanismes juridiques des grandes puissances

Derrière la victoire de son client, l’avocat voit une démonstration plus large : celle qu’un défenseur africain peut porter une argumentation au plus haut niveau international, se frotter aux rouages juridiques complexes des grandes puissances et faire entendre sa voix. Une conviction qu’il résume sans détour dans son communiqué.

Vers des sanctions congolaises ? L’appel à un cadre législatif national

Me Aimé Kilolo Musamba veut aller plus loin et transformer l’expérience en leçon utile pour l’ensemble des Congolais. Selon lui, la RDC doit sortir de sa léthargie en matière de sanctions internationales. Face aux crimes internationaux commis notamment dans l’Est du pays, elle ne peut plus se contenter d’attendre que les sanctions individuelles et financières proviennent presque exclusivement des États-Unis ou de l’Union européenne.

« Notre pays, la RDC, doit se doter d’un cadre législatif national permettant à ses propres institutions d’adopter, dans le respect de l’État de droit et des droits de la défense, des sanctions ciblées contre les personnes et entités impliquées dans les crimes internationaux commis sur son territoire. La souveraineté, c’est aussi la capacité d’un État à mettre lui-même en œuvre les instruments juridiques nécessaires à la défense de sa population et de ses intérêts fondamentaux. Le droit n’a pas de frontière lorsque la défense est portée avec compétence, constance et détermination. Mais la justice internationale ne doit pas davantage être une responsabilité que le Congo abandonne aux autres », plaide l’avocat, qui séjourne à Bruxelles.

Juin 2017, le basculement dans la tourmente

Pour mesurer le chemin parcouru, il faut revenir à l’origine du dossier. À l’époque où il commandait la garde rapprochée de l’ancien président Joseph Kabila, le général François Olenga avait été inscrit, en juin 2017, sur la liste noire financière de Washington. Ses avoirs étaient gelés et lui-même se voyait interdire tout voyage vers les États-Unis.

L’Administration américaine lui reprochait alors d’avoir entravé le processus démocratique du pays, plongé dans une profonde crise depuis le maintien au pouvoir de Joseph Kabila après l’expiration de son mandat, en décembre 2016.

« Sous son contrôle, la Garde républicaine aurait harcelé des opposants politiques, procédé à des arrestations et exécutions arbitraires et entravé l’action des observateurs de l’ONU », détaillait le Trésor américain dans un communiqué.

Depuis cette date, le général ne pouvait plus entretenir de relations d’affaires avec des personnes ou des structures américaines, une contrainte qui s’était étendue à son complexe Safari Beach, à la N’sele. Neuf ans plus tard, c’est précisément cette page que Washington vient de tourner.