21 mai 2026
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Le 25 novembre 1998, le Racing Club de Lens réalisait l’exploit : devenir le premier club français à s’imposer à Wembley face à Arsenal. Trente-huit ans plus tard, Guillaume Warmuz, l’ancien gardien des Sang et Or, évoque avec émotion ce match mythique qui a marqué l’histoire du football français.

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Cette rencontre, qualifiée de récompense pour le titre de champion de France obtenu la saison précédente, s’est déroulée dans une ambiance particulière. « Dès notre arrivée à Londres, nous avons changé de dimension, explique Warmuz. L’enjeu était immense, mais nous devions profiter de ce moment sans stress, comme si nous étions en vacances. Après tout, c’était notre chance unique d’affronter Arsenal à Wembley. »

Un plan de jeu audacieux face aux Gunners

Daniel Leclercq, surnommé « Le Druide » ou « Grand », avait préparé une stratégie ambitieuse. Plutôt que de se replier en défense, il a choisi d’attaquer, en coupant l’équipe en deux : cinq joueurs en bloc offensif et cinq en bloc défensif. « On nous a dit : « Jouez votre jeu, le reste, ce n’est pas important. » Pas de plan anti-Nicolas Anelka ou Marc Overmars, même si on savait à quel point ils étaient dangereux. On a misé sur notre agressivité et notre capacité à défendre en avançant. »

La défense lensoise, habituellement organisée en trois, a basculé en quatre avec Frédéric Déhu et Cyrille Magnier en charnière. Warmuz, habitué à une ligne plus compacte, a dû s’adapter : « Je devais sortir pour couper les appels des attaquants adverses. En première période, j’ai réalisé deux interventions décisives, une sur Overmars et une autre sur Anelka, lancé dans le dos de nos centraux. »

Une première période intense et cruciale

Dès les premières minutes, Lens a pris les devants en jouant très haut. Mais un centre de Wreh, à la troisième minute, a frôlé l’ouverture du score avant de passer à côté. « Je me suis mis une claque mentale, avoue Warmuz. On sentait que c’était du sérieux. »

Malgré cette pression initiale, les Lensois ont dominé le jeu. Warmuz a marqué l’histoire en sortant à la 6e minute pour récupérer le ballon des pieds de Marc Overmars, puis en réalisant un tacle salvateur sur Anelka à la 31e minute, après avoir anticipé son crochet. « Si je n’avais pas réagi à temps, c’était fini. J’ai eu de la chance, mais c’est aussi grâce à notre préparation. »

Une mi-temps sous tension

À la pause, le score était de 0-0. Dans le vestiaire, Leclercq a rappelé à ses joueurs l’importance de rester compacts. « On jouait trop en accordéon, ce qui permettait à Anelka de s’infiltrer. Il nous a demandé de resserrer les lignes et d’ajuster quelques détails tactiques. »

C’est aussi à ce moment-là que les joueurs d’Arsenal ont été « recadrés » par Arsène Wenger, piqués par la performance physique des Lensois. « On sentait qu’ils étaient énervés, mais nous, on était sereins. On savait qu’on pouvait basculer le match. »

La seconde période et l’exploit final

Dès la reprise, Arsenal a concentré ses attaques sur le côté droit, où évoluait Overmars. Mais c’est Lens qui a créé la meilleure occasion du match à la 52e minute, lorsque Pascal Nouma, à deux mètres du but, a envoyé le ballon au-dessus de la transversale. « Quand je vois ça, c’est horrible, confie Warmuz. On était à deux doigts de l’ouverture du score. »

Le tournant est arrivé à la 73e minute. Après une récupération de Tony Vairelles, Wagneau Éloi a servi Vladimir Smicer, qui a centré pour Mickaël Debève, seul au second poteau. Le but, validé malgré la contestation des Londoniens, a scellé la victoire lensoise. « On a marqué, mais sans exubérance excessive. Il restait encore du temps à jouer, et on voulait éviter toute erreur. »

La fin de match a été électrique. Arsenal, frustré, a tenté de revenir, mais Overmars, face à Warmuz en pleine surface, a échoué dans son geste. « J’étais en hypervigilance totale. Ce match, je le considère comme le meilleur de ma carrière. Je n’ai commis aucune faute technique, aucune erreur de concentration, et surtout, je n’ai pas encaissé de but. »

Un moment inoubliable

Lorsque l’arbitre a sifflé la fin, c’est l’euphorie. « C’était la joie la plus dingue. Le plus beau moment de nos vies de joueurs. On avait réalisé l’impensable : être les premiers Français à gagner à Wembley. »

Warmuz a savouré seul ce moment unique. « Je suis resté dans le stade après le match, sous les projecteurs qui s’éteignaient un à un. Je me suis assis sur les gradins, et j’ai réalisé : « Pour un gars de Blanzy, c’est pas mal. » Puis j’ai remercié Dieu : « Non seulement j’ai gagné à Wembley, mais en plus, je suis le premier à l’avoir fait. » »

Cette victoire reste gravée dans l’histoire du football français. Un exploit que seul le RC Lens a réussi à accomplir ce soir-là, sous les yeux émerveillés de 8 000 supporters en jaune et rouge.