Le vaste portefeuille de la Banque africaine de développement (BAD) au Gabon, représentant un investissement considérable de 658,6 millions de dollars, est malheureusement freiné par des retards d’exécution persistants. Ni les autorités de Libreville ni l’institution financière panafricaine n’ont encore trouvé de solution durable pour surmonter ces obstacles. Bien que certains indicateurs montrent une légère amélioration récemment, un décalage notable persiste entre les promesses de financement et le rythme réel des décaissements sur le terrain. Cette situation, particulièrement marquée au Gabon, pousse la BAD à revoir en profondeur ses stratégies d’accompagnement pour les projets en cours.
Un portefeuille stratégique, une mise en œuvre laborieuse
Le volume financier colossal mis à disposition par la BAD positionne le Gabon comme un partenaire essentiel de l’institution en Afrique centrale. Les initiatives soutenues ciblent des secteurs vitaux pour diversifier l’économie gabonaise, traditionnellement très dépendante des revenus pétroliers. Cependant, la lenteur de la mise en vigueur des accords de prêt, la complexité des procédures de passation des marchés publics et les difficultés de coordination entre les différents ministères continuent de peser lourdement sur la cadence des réalisations.
Ces entraves administratives ne sont pas un phénomène nouveau. Elles sont régulièrement mises en lumière dans les bilans de performance conjoints entre la BAD et le gouvernement gabonais depuis plusieurs années. Leur persistance soulève des questions sur la capacité du pays à absorber l’aide au développement, surtout dans un contexte où la transition, sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, ambitionne de revitaliser les infrastructures et de stimuler l’investissement public.
La BAD adapte son approche pour plus d’efficacité
Afin de reprendre la main sur ces dossiers critiques, la BAD a récemment tenu à Libreville une session de travail intensive, spécifiquement dédiée à l’optimisation de l’exécution des projets qu’elle finance au Gabon. L’objectif de cette démarche est d’identifier avec précision, pour chaque initiative, les goulots d’étranglement qui ralentissent les décaissements et de concevoir des solutions concrètes. Ces solutions impliquent une collaboration étroite entre les cellules d’exécution nationales, les ministères sectoriels concernés et les équipes de la Banque. Cette nouvelle approche reflète une tendance plus large chez les grands bailleurs de fonds : passer d’une simple supervision fiduciaire à un accompagnement proactif et rapproché des maîtres d’ouvrage.
Concrètement, l’institution s’emploie à renforcer les compétences des équipes gabonaises dans des domaines clés tels que la passation de marchés, la gestion financière et le suivi-évaluation des projets. Les analyses récurrentes révèlent en effet un manque d’expertise locale et un turn-over trop fréquent des cadres techniques au sein de l’administration. Ces facteurs contribuent inévitablement à allonger les délais entre la signature d’un accord de financement et le début effectif des travaux sur le terrain.
Un enjeu majeur pour la crédibilité de la transition gabonaise
Au-delà des considérations techniques, l’accélération de l’exécution du portefeuille BAD revêt une importance politique capitale. Les autorités de la transition ont fait de la relance des chantiers d’infrastructures un pilier central de leur programme d’action. La lenteur des projets cofinancés par les partenaires multilatéraux risque de fragiliser ce récit, d’autant plus que Libreville sollicite par ailleurs d’autres bailleurs pour diversifier ses sources de financement concessionnel.
Pour la BAD, il s’agit également d’affirmer la performance de son portefeuille à l’échelle régionale. En Afrique centrale, l’institution est souvent confrontée à des taux de décaissement inférieurs à sa moyenne continentale. Le Gabon, en tant qu’économie à revenu intermédiaire dotée de capacités administratives potentiellement supérieures à celles de ses voisins, représente un véritable test de crédibilité. Un redressement rapide des indicateurs d’exécution dans ce pays enverrait un signal positif aux investisseurs privés qui suivent attentivement la trajectoire de la transition.
Les mois à venir seront décisifs. La feuille de route définie lors de la réunion de Libreville devra se traduire par des progrès mesurables : une accélération de la levée des conditions préalables aux décaissements, une réduction significative des délais de passation de marchés, et une augmentation des taux d’exécution physique sur les projets phares. Sans ces avancées, le portefeuille de 658,6 millions de dollars risquerait de demeurer un potentiel inexploité plutôt qu’un véritable moteur de transformation économique pour le Gabon.