Dette publique du Cameroun : 15 607 milliards fcfa et le risque de surendettement confirmé par le fmi

Un cap symbolique dépassé : 15 607 milliards FCFA de dette publique

Le Cameroun entre dans une nouvelle phase financière avec une dette publique qui atteint 15 607 milliards de francs CFA à la mi-2026, selon les dernières données de la Caisse autonome d’amortissement. Ce montant représente 44,2 % du produit intérieur brut, en nette hausse par rapport aux 14 409 milliards FCFA enregistrés un an plus tôt. Cette progression s’explique par une stratégie d’emprunt accrue pour financer des infrastructures majeures et couvrir les besoins budgétaires urgents.

Écouter cet article≈ 4 min

Des emprunts diversifiés mais coûteux

En début d’année, l’État a obtenu une autorisation pour lever jusqu’à 1 650 milliards FCFA, incluant l’émission de titres du Trésor, des prêts privés locaux et des fonds internationaux. À fin juin, seuls 800,7 milliards FCFA avaient été effectivement mobilisés sur le marché intérieur. Parallèlement, le gouvernement a signé des accords spécifiques comme un prêt de 130,4 milliards FCFA pour la route Ebolowa-Akom II-Kribi, avec le soutien de la Standard Chartered Bank et d’UK Export Finance.

Les emprunts récents ne se limitent pas aux projets routiers. À l’automne, deux accords majeurs ont été validés : un prêt de 347,5 millions d’euros (228 milliards FCFA) de la Banque mondiale pour le corridor économique Douala-Bangui, et 212,35 millions d’euros (139 milliards FCFA) pour la réhabilitation de la route Douala-Bafoussam. Ces engagements illustrent une dépendance croissante aux financements externes et commerciaux.

Le service de la dette pèse sur les finances publiques

Le Cameroun a déjà consacré 1 059 milliards FCFA au remboursement de sa dette au premier semestre 2026. Cette charge alourdit le budget national, qui prévoit 3 104 milliards FCFA d’emprunts et besoins de financement pour l’année, sur un budget global de 8 816 milliards FCFA. Ces fonds servent à combler le déficit, payer les arriérés et soutenir des projets prioritaires.

Cependant, la multiplication des emprunts commerciaux et la saturation du marché régional des titres de dette réduisent les marges de manœuvre. Les tensions de liquidité deviennent un enjeu majeur, surtout dans un contexte où les remboursements s’accumulent.

Les mises en garde du FMI

Le Fonds monétaire international a tiré la sonnette d’alarme lors de sa mission de septembre 2026. Selon son analyse, le Cameroun présente un risque global élevé de surendettement, malgré une viabilité de la dette jugée acceptable à moyen terme. Le FMI recommande une rigueur budgétaire renforcée, une augmentation des recettes fiscales et un recours accru aux financements concessionnels plutôt qu’aux prêts commerciaux.

L’institution souligne également les risques liés à la saturation du marché domestique. Avec une dette publique dépassant les 15 600 milliards FCFA, la question n’est plus seulement le montant autorisé à emprunter, mais bien la capacité réelle du pays à honorer ses engagements sans compromettre sa stabilité économique.

Quelles solutions pour éviter l’asphyxie financière ?

Face à cette situation, le Cameroun doit repenser sa stratégie d’emprunt. Prioriser les financements concessionnels, comme ceux proposés par les institutions multilatérales, permettrait de réduire le coût du service de la dette. Parallèlement, une réforme fiscale ambitieuse pourrait élargir l’assiette des recettes et limiter le recours aux emprunts coûteux.

L’enjeu est double : maintenir les investissements dans les infrastructures tout en évitant un endettement insoutenable. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si le gouvernement parvient à concilier croissance économique et maîtrise de la dette.

Abonnez-vous au flux :