17 juillet 2026
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Les tensions autour des ressources en eau entre la République démocratique du Congo et le Tchad ont refait surface lors d’une séance parlementaire particulièrement animée. Une députée a vivement interpellé le ministre de l’Environnement, exigeant la publication immédiate d’un accord controversé lié à la gestion des eaux, une demande restée sans réponse jusqu’à présent. L’ancienne vice-première ministre et actuelle ministre d’État en charge des Affaires sociales, Mme Bazaïba, a rappelé les déclarations fortes du président tchadien Idriss Déby Itno : « Si le Congo refuse de nous céder de l’eau, nous serons contraints de nous en procurer par tous les moyens possibles ! ». Ces propos, tenus dans un contexte déjà tendu après l’intervention controversée des rebelles de la Seleka en Centrafrique, résonnent comme un avertissement. Le président tchadien a été tué en avril 2021, laissant place à son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, qui assure désormais la présidence grâce notamment à un soutien diplomatique majeur.

En RDC, une cellule de surveillance dédiée à la gestion des eaux a été instaurée dès 2014 à l’Assemblée nationale. À l’époque, la députée Ève Bazaïba dénonçait déjà « un complot international ourdi contre le pays, avec des complicités internes ». Pourtant, malgré son ascension politique, cette cellule n’a jamais produit de résultats concrets. Douze ans plus tard, Félix Tshisekedi a été invité par Mahamat Idriss Déby à participer au Forum africain de l’eau à N’Djamena. Lors de cet événement, le président congolais a exposé cinq axes stratégiques pour relever les défis liés à l’eau :

  • Une approche intégrée : lier la gestion de l’eau à l’agriculture, l’énergie, la santé, l’urbanisme, l’environnement et les infrastructures.
  • Renforcer la gouvernance : institutions performantes, transparence accrue et redevabilité dans la gestion des infrastructures hydriques.
  • Préparer des projets viables : des initiatives techniquement solides et financièrement structurées pour attirer davantage d’investissements.
  • Diversifier les financements : mobiliser des ressources publiques, privées et internationales pour les infrastructures hydriques.
  • Faire de l’eau un levier industriel : développer localement la production d’équipements (tuyaux, pompes, compteurs) et de solutions innovantes.

Le chef de l’État congolais a souligné que « aucun État ne peut assurer seul sa sécurité hydrique », plaidant pour une coopération continentale afin de faire de l’eau une priorité politique majeure. Il a appelé à la formation d’une coalition entre les États africains. Certains observateurs estiment que la RDC, riche en ressources hydriques, pourrait être concernée par des projets de transfert d’eau depuis le fleuve Ubangi, bien que rien ne soit officiellement confirmé. D’ici 2035, Félix Tshisekedi a fixé des objectifs ambitieux :

  • 60 % de la population avec accès à l’eau potable.
  • 50 % pour les services d’assainissement et d’hygiène.
  • 80 % des écoles et centres de santé équipés en infrastructures adaptées.

Pour Mahamat Idriss Déby, ce forum marque un tournant pour une Afrique décidée à reprendre le contrôle de son avenir hydrique et à promouvoir une « prospérité partagée ». Pourtant, le sommet de N’Djamena a révélé des divisions au sein de la Commission du bassin du lac Tchad. Seuls le Gabon, la Mauritanie et le Bénin ont répondu présents, tandis que le Cameroun, le Niger et le Nigeria ont boudé l’événement. Le lac Tchad, autrefois vaste étendue d’eau de 25 000 km² en 1964, n’est plus que 2 000 km² en 2024, malgré des variations saisonnières.

Les raisons de ce boycott restent floues. En 2019, un ancien ministre des Affaires étrangères avait alerté sur des pressions visant à contourner les autorités congolaises pour promouvoir le transfert des eaux de l’Ubangi. Certains milieux, selon ses révélations, n’hésiteraient pas à signer des accords au nom de la RDC sans son aval. Des rencontres internationales, comme celles organisées à Bologne sous l’égide du mouvement Sant’Egidio, se sont tenues sans la participation officielle de Kinshasa.

Le sociologue et altermondialiste suisse Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, évoquait déjà dans les années 2000 le concept controversé de « peuple non rentable ». Selon lui, certains groupes seraient exclus des ressources essentielles dans un nouvel ordre mondial dominé par des intérêts économiques. En RDC, où l’eau coule sans contrôle de l’est à l’ouest, Modeste Mutinga Mutuishayi, ancien sénateur et ministre, lance un cri d’alarme dans son ouvrage « La République des Inconscients » : « Si l’eau est la vie et que la vie n’a pas de prix, comment expliquer que nos dirigeants ne mesurent pas l’ampleur du désastre qui nous guette ? »