22 mai 2026
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La chute d’une stratégie se juge à la vitesse à laquelle ceux qui l’ont soutenue tournent les talons. Au Mali, les récents revers militaires, notamment face à la coalition des rebelles du Front de Libération de l’Azawad (FLA) et aux djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ont révélé l’incapacité totale de la junte à assurer la sécurité du pays. En plaçant sa souveraineté entre les mains de forces paramilitaires étrangères, Bamako a scellé son propre destin.

Kidal, symbole d’un fiasco stratégique

Le mois d’avril 2026 restera dans l’histoire comme le moment où tout s’est effondré. La ville de Kidal, reprise en 2023 par l’armée malienne et ses alliés russes, est retombée comme un château de cartes aux mains des rebelles. Pire encore : les mercenaires d’Africa Corps (ex-Wagner) n’ont pas été repoussés par la force des armes. Ils ont négocier leur évacuation, abandonnant leurs positions sans combat et laissant derrière eux un arsenal lourd pour s’assurer une sortie en toute sécurité.

« Les Russes nous ont laissés tomber à Kidal », déclarait un haut responsable malien sous couvert d’anonymat. Ce témoignage résume l’amertume qui règne à Bamako, où le sentiment d’abandon grandit chaque jour.

Cette débâcle illustre une réalité brutale : une force mercenaire ne sert que ses propres intérêts. Elle ne se bat pas pour une cause étrangère. En privilégiant sa survie plutôt que la défense du Mali, Moscou a démontré les limites de son engagement en Afrique de l’Ouest.

L’offensive qui a tout emporté

La crise ne se limite plus au Nord du pays. Les combats se sont intensifiés jusqu’aux portes de la capitale. En avril, les rebelles ont mené une offensive majeure sur Kati et Bamako, culminating avec la mort du général Sadio Camara, ministre de la Défense et principal artisan de l’alliance entre Bamako et le Kremlin.

Décapité politiquement, le régime se retrouve aujourd’hui dans une impasse totale. Depuis des mois, le GSIM impose un blocus implacable sur le carburant, les denrées et les médicaments. L’économie s’effondre, les écoles ferment et l’électricité devient un luxe inaccessible. Le bouclier russe promis n’a pas su empêcher l’encerclement de la capitale ni l’infiltration des groupes ennemis au cœur même du pouvoir.

Les drones, une illusion de sécurité

Pour justifier le départ des forces internationales (comme la MINUSMA ou Barkhane), la junte avait mis en avant une « montée en puissance » des Forces armées maliennes (FAMa), épaulées par des drones russes et des technologies de surveillance. Pourtant, ces appareils, loin de stabiliser la situation, ont surtout semé la terreur parmi les civils. Les frappes répétées ont aggravé les tensions locales sans jamais permettre de reprendre le contrôle du territoire.

Face à l’échec cuisant de cette stratégie, les observateurs s’accordent à dire qu’Africa Corps ne défend plus que les abords immédiats de Bamako. L’ambition de reconquérir le reste du pays semble définitivement abandonnée.

Une chute inévitable ?

L’Alliance des États du Sahel (AES), présentée comme un rempart régional, reste muette face à la crise malienne. Abandonnée par son partenaire russe, qui cherche désormais une issue honorable, rejetée par les instances régionales comme la CEDEAO, et contestée par une population exaspérée par les blocus, la junte de Bamako semble engagée dans une descente aux enfers.

L’alliance avec Moscou, vendue comme une solution miracle, s’est révélée être le pire choix stratégique de l’histoire récente du pays. En sacrifiant la diplomatie, le dialogue national et les alliances traditionnelles au profit d’un partenariat opaque et coûteux, le régime militaire s’est condamné à l’isolement. À Bamako, la question n’est plus de savoir si le pouvoir va tomber, mais combien de temps il pourra encore tenir avant que le vide qu’il a lui-même créé n’engloutisse tout.