Avec la signature du nouveau pacte de convergence de l’UEMOA par Alassane Ouattara, c’est toute la trajectoire économique de l’Afrique de l’Ouest qui se trouve réécrite. Pour les citoyens comme pour les entreprises, cette décision n’est pas anodine : elle détermine l’accès au crédit, la stabilité des prix et, in fine, la capacité des États à financer les services publics essentiels. En s’engageant dans une discipline budgétaire renforcée, Abidjan envoie un message fort aux marchés et aux institutions internationales, mais à quel prix pour les ménages et les acteurs économiques locaux ?
Un pacte de convergence repensé après l’effondrement des critères de Maastricht
Le cadre initial de l’UEMOA, inspiré des règles européennes de Maastricht, promettait un plafond de déficit public à 3 % du PIB, une dette publique limitée à 70 % et une inflation maîtrisée sous 3 %. Pourtant, depuis 2020, aucun État membre n’a respecté ces seuils de manière durable. Les chocs successifs — pandémie, hausse des taux d’intérêt mondiaux et, surtout, la révision à la hausse de la dette du Sénégal en 2024 — ont plongé l’union dans une crise de crédibilité. Les taux d’intérêt sur les emprunts souverains régionaux ont alors dépassé les 7 % pour les maturités longues, reflétant une méfiance croissante des investisseurs. Face à cette situation, le nouveau pacte de convergence vise à rétablir la confiance, condition sine qua non pour maintenir la parité fixe avec l’euro et concrétiser le projet de monnaie unique Eco, sans cesse reporté depuis 2020.
Des économies en tension : la Côte d’Ivoire en première ligne
En signant ce texte, Alassane Ouattara place la Côte d’Ivoire au cœur du dispositif. Avec une croissance annuelle moyenne de 6 % à 7 % sur la dernière décennie, le pays incarne la locomotive économique de l’UEMOA. Son engagement dans une rigueur budgétaire accrue envoie un signal fort aux agences de notation et aux bailleurs internationaux, alors que le Fonds monétaire international (FMI) a déjà validé en 2023 un programme élargi de crédit de 3,5 milliards de dollars pour Abidjan. Cependant, cette discipline renforcée n’est pas sans conséquences pour les entreprises locales, qui pourraient ressentir le resserrement des dépenses publiques et des investissements étatiques.
Les autres membres de l’union, en revanche, naviguent dans des eaux bien plus tumultueuses. Le Sénégal doit désormais assumer une dette publique bien supérieure aux chiffres initialement communiqués, une situation qui a poussé le FMI à suspendre temporairement ses décaissements en 2024. Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, les dépenses militaires liées à l’insécurité sahélienne alourdissent encore leurs budgets, tandis que la rupture partielle avec la CEDEAO complique leur accès aux financements externes. Le Bénin, mieux noté sur les marchés, et le Togo, qui a su lever des fonds sur les marchés internationaux, se situent dans une position plus favorable. La Guinée-Bissau, quant à elle, reste sous surveillance étroite en raison de ses difficultés structurelles.
La BCEAO face au défi de la crédibilité regained
Le succès du nouveau pacte repose aussi sur la capacité de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à faire respecter les nouvelles règles. Le cadre précédent, bien que contraignant sur le papier, n’a jamais été appliqué grâce à des sanctions inexistantes. Aujourd’hui, l’engagement de la Côte d’Ivoire — première économie de la zone — crée une pression politique inédite. Les autres capitales n’auront plus la possibilité de se soustraire au cadre sans risquer une condamnation publique, renforçant ainsi la transparence et la accountability.
La BCEAO, basée à Dakar, se retrouve en première ligne. L’institution doit concilier deux enjeux majeurs : préserver ses réserves de change, qui ont chuté à l’équivalent de cinq mois d’importations en 2024, et continuer à soutenir le financement des États via le marché des titres publics. Un cadre de convergence crédible lui offre une marge de manœuvre pour poursuivre une politique monétaire prudente, après plusieurs relèvements de son taux directeur depuis 2022. Les prochaines revues conjointes entre la BCEAO et la Commission de l’UEMOA, prévues dans l’année à venir, seront déterminantes pour évaluer si le texte signé se traduit concrètement dans les lois de finances des huit États membres.