28 avril 2026
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justice et droits humains au Mali : la répression des voix critiques doit cesser

L’ancien premier ministre Moussa Mara, condamné à deux ans de prison dont un an ferme et à une amende de 500 000 francs CFA (762 euros) pour des accusations d’atteinte au crédit de l’État, incarne selon Amnesty International une parodie de justice. L’organisation exige sa libération immédiate, ainsi que celle des autres détenus politiques, soulignant le mépris des autorités maliennes envers les droits humains.

« Les condamnations prononcées contre Moussa Mara reflètent une violation persistante des obligations du Mali en matière de droits humains, en infraction avec la Constitution malienne, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le pays a adhéré », déclare Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

Les autorités maliennes sont appelées à mettre fin à la répression des oppositions pacifiques et à garantir la liberté d’expression, d’association et de réunion, plutôt que de recourir à des pratiques autoritaires pour museler les critiques.

Moussa Mara, chef du parti d’opposition Yéléma et premier ministre de 2014 à 2015, a été arrêté le 1er août 2025 pour des accusations d’atteinte au crédit de l’État, d’incitation au trouble à l’ordre public et d’opposition à l’autorité légitime. Cette arrestation fait suite à un tweet publié le 4 juillet, où il exprimait sa solidarité avec des activistes et politiciens détenus, promettant de se battre pour que « le soleil apparaisse ».

Les autorités maliennes doivent mettre un terme aux détentions arbitraires, aux disparitions forcées et à l’utilisation abusive du système pénal pour étouffer les voix dissidentes.

Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

répression au Mali : des journalistes et activistes pris pour cibles

Depuis 2023, le Mali observe une augmentation alarmante des arrestations arbitraires et des disparitions forcées ciblant les opposants pacifiques. Plusieurs cas illustrent cette tendance inquiétante.

l’enlèvement d’el béchir thiam, journaliste et membre du parti Yéléma

Le 8 mai 2025, El Béchir Thiam, journaliste et membre actif du parti Yéléma, a été enlevé par des hommes armés se présentant comme des agents des services de renseignement. Son enlèvement survient après une prise de parole publique critiquant la décision du parlement de transition d’accorder au gouvernement militaire un mandat de cinq ans. Pendant près de deux mois, son lieu de détention est resté inconnu, et les autorités n’ont fourni aucune information. Le 17 juillet, son épouse a officiellement porté plainte pour enlèvement. El Béchir Thiam a finalement été libéré le 26 septembre 2025.

clément dembélé, activiste anti-corruption maintenu en détention malgré l’acquittement

Clément Dembélé, figure de la lutte contre la corruption et porte-parole de la Plateforme contre la corruption et le chômage, a été arrêté en novembre 2023. Son organisation s’apprêtait à organiser une conférence de presse pour dénoncer les coupures d’électricité récurrentes au Mali. Accusé d’avoir proféré des menaces de mort envers le chef de l’État Assimi Goïta et sa famille, il a été acquitté en avril 2025 par un juge d’instruction. Malgré cette décision, il reste arbitrairement détenu.

En août et septembre 2025, un expert indépendant des Nations unies a dénoncé la disparition forcée d’El Béchir Thiam et l’arrestation arbitraire de Clément Dembélé, réclamant leur libération immédiate et inconditionnelle.

« Les autorités maliennes doivent cesser de recourir aux détentions arbitraires, aux disparitions forcées et à l’instrumentalisation du système judiciaire pour réduire au silence les opposants pacifiques », insiste Marceau Sivieude.

autres personnalités emprisonnées pour leurs prises de position

Depuis 2023, de nombreuses voix critiques ont été réduites au silence à travers des condamnations judiciaires contestables. Voici quelques cas emblématiques :

  • Rokiatou Doumbia, alias « Rose Vie Chère » ou « Tantie Rose » : arrêtée en mars 2023 après avoir dénoncé la détérioration de la sécurité et la hausse du coût de la vie sous le régime militaire. Condamnée à un an de prison pour « incitation à la révolte », « atteinte au crédit de l’État » et « association de malfaiteurs », elle purge toujours sa peine malgré son élargissement initial.
  • Mohamed Youssouf Bathily, alias « Ras Bath » : animateur radio et activiste arrêté en mars 2023 après avoir qualifié de «assassinat» la mort en détention de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga. Condamné à 18 mois de prison pour « simulation d’infraction », il a purgé sa peine mais reste détenu pour de nouvelles accusations, dont « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ».
  • Adama Diarra, alias « Ben le Cerveau » : activiste et membre du Conseil national de transition arrêté en septembre 2023 pour avoir appelé à un retour à un régime constitutionnel civil. Condamné à deux ans de prison pour « atteinte au crédit de l’État », sa demande de libération provisoire a été rejetée en février 2025.
  • Issa Kaou N’Djim : ancien membre du Conseil national de transition condamné à deux ans de prison en novembre 2024 après avoir mis en doute une déclaration des autorités burkinabè concernant une tentative de coup d’État. Arrêté suite à une plainte des autorités burkinabè, il est accusé d’offense commise publiquement envers un chef d’État étranger.

le Mali sous régime militaire : une transition prolongée et une répression accrue

Depuis le coup d’État de 2020 contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali est dirigé par des autorités militaires. La période de transition, initialement prévue pour 18 mois, a été prolongée à plusieurs reprises, aboutissant en avril 2025 à la dissolution de tous les partis politiques et à une nouvelle extension de cinq ans de la transition. Cette situation a contribué à une détérioration des libertés civiles et à une multiplication des arrestations arbitraires.