13 juin 2026
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Un responsable camerounais révèle l’ampleur des détournements qui ont appauvri le pays

Dans une déclaration publique récente, Issa Tchiroma Bakary a exposé avec force détails les dérives financières d’un système qu’il accuse d’avoir vidé les caisses de l’État camerounais. Parmi les pratiques dénoncées : le bradage des ressources naturelles comme l’or, le pétrole et le bois, ainsi que des détournements massifs via des marchés frauduleux et des fraudes douanières. Ses révélations s’appuient sur des chiffres accablants, étayés par des rapports d’institutions nationales et internationales.

« Chers compatriotes, Mesdames et Messieurs, la situation des finances publiques au Cameroun est alarmante. En 43 ans, le pays est passé d’une prospérité relative à une pauvreté généralisée, laissant le peuple dans une misère absolue », a-t-il souligné lors de son allocution. Selon ses estimations, plus de 10 000 milliards de francs CFA se sont évaporés à travers le pillage des ressources naturelles, des fraudes fiscales et des détournements institutionnels.

Le pillage des ressources naturelles : or, pétrole et bois en première ligne

Le Cameroun, riche en ressources minières et forestières, a vu ses trésors s’envoler sous l’effet de mécanismes opaques. Issa Tchiroma Bakary a pointé du doigt la SNH (Société Nationale des Hydrocarbures), accusée d’avoir généré, sur 40 ans, des recettes pétrolières hors budget, sans contrôle parlementaire ni transparence. Les accords signés avec des multinationales comme Glencore auraient été conclus à des prix dérisoires, privant l’État de milliards de francs CFA. « Les cargaisons de pétrole disparaissent, les revenus ne sont jamais comptabilisés, et le peuple camerounais en paie le prix », a-t-il dénoncé.

Le secteur forestier n’est pas en reste : près de 80 % du bois est exploité illégalement, avec la complicité des autorités. « La terre camerounaise a été pillée à ciel ouvert, et les forêts, ces poumons du pays, sont réduites à néant », a-t-il ajouté. Selon ses calculs, l’or, le pétrole et le bois ont coûté au Cameroun plus de 10 000 milliards de francs CFA en pertes cumulées.

Des marchés frauduleux et des fonctionnaires fantômes

Un autre volet de cette prédation touche aux dépenses publiques détournées. Les lignes budgétaires 65 et 94, couvrant la période 2012-2021, ont été purement et simplement effacées. Ces deux lignes représentaient à elles seules 5 400 milliards de francs CFA dépensés sans aucune justification. Le Tribunal Criminel Spécial, créé par l’actuel régime, a condamné ses propres serviteurs pour des détournements s’élevant à près de 9 000 milliards entre 1997 et 2021.

Les fonctionnaires fantômes, quant à eux, ont coûté des centaines de milliards au Trésor public. « Plus de 20 000 noms fictifs figuraient sur les listes de paie pendant des années, avec un préjudice annuel estimé à 200 milliards de francs CFA », a précisé Issa Tchiroma Bakary. Les scandales emblématiques, comme ceux liés à l’autoroute Yaoundé-Douala, à l’organisation de la CAN 2021 ou aux vaccins contre le Covid-19, ont également généré des surfacturations massives dépassant les 500 milliards de francs CFA.

Fraude fiscale et douanière : un système institutionnalisé

Les mécanismes de fraude fiscale et douanière ont été systématisés, selon les chiffres officiels de l’ANIF (Agence Nationale des Infractions Financières) et de la CONAC (Commission Nationale Anti-Corruption). En 2023, pas moins de 1 665 milliards de francs CFA de flux suspects ont été identifiés. Sur six ans, la fraude douanière documentée s’élève à 1 246 milliards, tandis que 1 745 milliards de francs CFA ont été perdus à cause de la fraude au scanning au port de Douala, imputée à SGS.

« Depuis 2026, deux clans du régime se disputent le contrôle d’une même fraude institutionnalisée au port de Douala », a-t-il révélé. Ces pratiques, couplées à l’enrichissement personnel des proches du pouvoir, illustrent l’ampleur de la corruption endémique qui ronge le Cameroun.

L’enrichissement illicite du clan au pouvoir

Le quatrième volet de ces révélations concerne l’accaparement des richesses par le clan présidentiel. Des biens acquis de manière illicite ont été identifiés aux Pays-Bas (744 millions d’euros), en France (domaine de Nyom évalué à 18 milliards de francs CFA), à Dubaï (44 milliards de francs CFA), ainsi que des séjours à l’Hôtel Continental de Genève, facturés 50 000 dollars la nuit pour l’ensemble de la délégation.

« Aucun membre de ce régime, y compris le président Paul Biya, son épouse, son fils, le SGPR, le DCC ou le DCCA, n’a jamais déclaré son patrimoine comme l’exige l’article 66 de la Constitution », a-t-il rappelé. Selon ses calculs, le montant total de la prédation s’élève à au moins 26 000 milliards de francs CFA, un chiffre qui pourrait atteindre 80 000 milliards si l’on prend en compte les paradis fiscaux et les prête-noms.

Un Cameroun exsangue : des alternatives concrètes

Avec 26 000 milliards de francs CFA, le Cameroun aurait pu financer 36 années de salaires pour l’ensemble des 380 000 enseignants, soignants et soldats du pays. « Nous aurions pu construire 2 600 hôpitaux de district, soit 260 par région », a-t-il souligné, illustrant ainsi l’ampleur du gâchis.

Face à cette situation, Issa Tchiroma Bakary a lancé un appel solennel : « Il n’y aura ni amnistie ni négociation secrète où l’on troquerait l’impunité contre une transition silencieuse. Tous les hauts responsables coupables de malversation devront répondre de leurs actes devant les juridictions nationales et internationales. »