25 juin 2026
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Jean-Pierre Antchoue Ayenoue, Vice-président en charge des Affaires internationales et de la Diaspora, spécialiste des enjeux de corruption et de blanchiment, alerte sur l’urgence d’agir face à ce fléau.

Libreville sous le feu des projecteurs internationaux

Du 29 juin au 1er juillet 2026, la capitale gabonaise accueillera une mission d’experts mandatés par l’ONUDC. Leur objectif : évaluer les dispositifs nationaux dédiés à la prévention de la corruption et au recouvrement des avoirs illicites. Cette visite s’inscrit dans le cadre du deuxième cycle d’examen de la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC), une étape cruciale pour le Gabon.

Ignorer cette évaluation serait une erreur stratégique. Elle représente bien plus qu’une formalité administrative : c’est un miroir tendu à l’administration gabonaise, reflétant ses forces et ses faiblesses dans la lutte contre ce phénomène qui ronge l’économie et la confiance des citoyens.

Comprendre le deuxième cycle de la CNUCC

Ratifiée par le Gabon en 2007, la CNUCC impose des engagements concrets : transparence accrue, contrôle renforcé des institutions, protection des lanceurs d’alerte et récupération des fonds détournés. Le deuxième cycle d’examen, mené par des pairs (Tchad et Libye dans ce cas), se concentre sur deux priorités : la prévention des actes de corruption et le recouvrement des biens mal acquis.

Contrairement au premier cycle (2010-2015), axé sur la répression et la coopération judiciaire, cette nouvelle phase exige une approche proactive et préventive. Les recommandations formulées à l’issue de cette évaluation pourraient servir de feuille de route pour les années à venir.

CNLCEI : une institution en quête de crédibilité

Créée pour traquer l’enrichissement illicite, la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (CNLCEI) reste un sujet de controverse. Malgré les promesses de la transition post-2023, son efficacité est régulièrement questionnée. Quels résultats concrets peut-elle afficher depuis sa refonte ? Peu nombreux, selon les observateurs.

Les Gabonais attendent des réponses : combien d’avoirs ont été récupérés ? Combien de dossiers ont abouti à des sanctions ? Les dernières initiatives, comme la prestation de serment de nouveaux rapporteurs en février 2026 ou les assises sur la bonne gouvernance en mai 2026, peinent à convaincre. La bonne gouvernance ne se décrète pas : elle se mesure à l’aune des actes et des résultats tangibles.

Une lutte contre la corruption à plusieurs vitesses

Des avancées existent : élargissement des pouvoirs de la CNLCEI, nouvelles règles constitutionnelles sur la transparence, extension des déclarations de patrimoine. Lors de la 17e session du Groupe d’examen de la CNUCC à Vienne, la délégation gabonaise a mis en avant une meilleure coordination interministérielle et une appropriation des outils onusiens. Mais ces mesures restent dispersées, sans vision globale ni évaluation indépendante.

L’absence d’un plan national structuré, avec des objectifs chiffrés et un suivi rigoureux, freine considérablement l’impact des réformes. Une politique publique ne se réduit pas à l’accumulation de textes : elle se juge à sa mise en œuvre effective et à ses résultats concrets.

Le Gabon face à ses démons

Les indicateurs internationaux ne mentent pas. Malgré une légère amélioration dans l’indice de Transparency International depuis 2024, le Gabon reste dans la partie basse des classements. Les conflits d’intérêts, les marchés publics opaques (comme l’a révélé l’ancien ministre de l’Économie : 93,25 % des marchés passés sans appel d’offres), et la porosité entre sphères publiques et privées persistent.

Les institutions de contrôle, bien que formellement créées, manquent cruellement de moyens et d’indépendance réelle. Les dossiers emblématiques traînent en justice, et les actifs illicitement transférés à l’étranger échappent encore à tout mécanisme de recouvrement transparent et efficace.

Vers une coopération sans fard

L’évaluation qui s’ouvre la semaine prochaine est une opportunité. Le Gabon doit faire preuve de transparence totale, sans occulter les pratiques problématiques. Seule une évaluation franche permettra de bénéficier de recommandations pertinentes et d’engager une véritable refonte de la gouvernance.

La balle est désormais dans le camp des autorités. Le signal envoyé par l’ouverture à un regard extérieur est positif, mais insuffisant. Une posture d’ouverture ne remplace pas une stratégie cohérente et ambitieuse.

Une campagne citoyenne pour éveiller les consciences