Gabon : la Cour des comptes lance sa révolution pour une transparence financière renforcée
Libreville — La lutte contre la corruption ne se limite pas aux discours ou aux opérations de communication. Elle s’incarne dans des institutions solides, capables de s’adapter aux alternances politiques et de garantir une gestion rigoureuse des finances publiques. C’est dans cette logique que la Cour des comptes du Gabon a dévoilé quatre outils majeurs, conçus pour structurer son action jusqu’en 2030.
Présentés lors d’une cérémonie officielle à Libreville, ces instruments symbolisent l’entrée du Gabon dans une nouvelle ère de maturité institutionnelle. Parmi eux figurent le Code d’éthique et de déontologie, le Plan stratégique 2026-2030, le Plan de formation des magistrats et le Recueil de jurisprudence des juridictions financières.
Des fondations pour une gouvernance financière exigeante
Cette initiative dépasse largement le cadre administratif. Elle redéfinit le rôle du contrôle financier dans la construction de l’État gabonais. Le Code d’éthique et de déontologie, par exemple, établit des principes clairs : indépendance, impartialité, intégrité et responsabilité. Ces valeurs deviennent les piliers d’une juridiction appelée à jouer un rôle central dans la protection des finances publiques.
Le Recueil de jurisprudence, quant à lui, compile les décisions et avis majeurs rendus par les juridictions financières. Il offre une mémoire institutionnelle essentielle pour garantir la cohérence des futures décisions et renforcer la sécurité juridique des gestionnaires publics.
Le Plan stratégique 2026-2030 agit comme la colonne vertébrale de cette transformation. Il définit les priorités, les objectifs et les méthodes pour adapter les missions de la Cour des comptes aux nouvelles exigences de la gouvernance publique.
Enfin, le Plan de formation repose sur une conviction simple : aucune réforme durable ne peut réussir sans un investissement massif dans les compétences humaines.
Un enjeu de crédibilité internationale
Le contexte donne à cette démarche une importance particulière. Selon l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique, le Gabon se classe actuellement à la 32ᵉ place sur 54 pays africains, avec un score global de 44,6 sur 100. Une position qui reflète les défis persistants, mais qui ne doit pas occulter les progrès accomplis depuis 2023.
Cette année-là, le pays a quitté le statut de candidat pour devenir conforme aux exigences de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives. Une avancée majeure pour une économie fortement dépendante des ressources naturelles.
Dans un environnement international où les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) deviennent déterminants pour l’accès aux financements, la qualité des institutions de contrôle représente désormais un facteur clé de compétitivité économique, au même titre qu’un impératif démocratique.
Transformer l’ambition en résultats concrets
Pour Alex Euv Moutsiangou, premier président de la Cour des comptes, ces outils répondent aux attentes de plusieurs acteurs : les citoyens soucieux d’une gestion rigoureuse des deniers publics, les administrations en quête de repères juridiques clairs, ainsi que le Parlement et le gouvernement, qui attendent une expertise indépendante et des conseils éclairés.
L’enjeu ne se limite pas à la Cour des comptes. Il s’agit désormais de savoir si cette nouvelle architecture institutionnelle produira des résultats tangibles dans la gestion quotidienne des finances publiques, la qualité des politiques publiques et la confiance accordée aux institutions.
Car la véritable mesure du succès ne réside pas dans la publication des textes, mais dans leur application effective. La gouvernance moderne ne se décrète pas : elle s’organise, se contrôle et se démontre.
Avec ces quatre instruments, le Gabon pose les bases d’un contrôle financier plus exigeant. Reste à en faire une réalité durable, ancrée dans une culture de responsabilité publique.