11 mai 2026
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Frappes aériennes du Tchad sur le lac Tchad : des pêcheurs nigérians portés disparus

Depuis plusieurs jours, l’armée tchadienne mène des opérations aériennes ciblées contre des positions attribuées à Boko Haram dans la région du lac Tchad. Ces frappes, déclenchées après une attaque récente contre des militaires tchadiens, ont provoqué la disparition de dizaines de pêcheurs nigérians. Les zones visées se trouvent principalement sur des îlots situés en territoire nigérien, mais proches de la frontière tchadienne.

Des opérations militaires aux conséquences dramatiques pour les civils

Les bombardements tchadiens ont été lancés en réaction à une offensive de Boko Haram contre des postes militaires du Tchad. Selon des témoins locaux, dont des membres de groupes d’autodéfense, ces frappes ont touché des zones de pêche fréquentées par des Nigérians, souvent contraints de payer une « taxe » à Boko Haram pour accéder aux îles riches en poissons. Certaines sources évoquent jusqu’à quarante disparitions parmi les pêcheurs.

Un représentant du syndicat des pêcheurs du lac Tchad a confirmé que « quarante pêcheurs nigérians sont portés disparus, probablement morts noyés après les bombardements ». Les rescapés, originaires de villes comme Doron Baga ou de l’État de Taraba, ont rapporté des scènes de panique et de pertes humaines importantes. « Les pêcheurs paient un tribut à Boko Haram pour travailler », a déclaré Adamu Haladu, un pêcheur originaire de Baga.

Un bilan humain déjà lourd et des précédents controversés

Les frappes aériennes tchadiennes sur le lac Tchad ne sont pas sans précédent. En octobre 2024, une opération similaire avait causé la mort de dizaines de pêcheurs nigérians, malgré la cible initiale de Boko Haram. L’armée tchadienne avait alors nié toute responsabilité dans la mort de civils, attribuant les victimes à une erreur de ciblage. Ces événements rappellent les risques encourus par les populations civiles dans une zone déjà fragilisée par des années de conflit.

Le lac Tchad, symbole d’une insurrection djihadiste persistante

Le lac Tchad, étendue partagée entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, est devenu depuis 2009 un bastion pour les groupes armés comme Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Cette région, qui abrite plus de 40 000 morts et deux millions de déplacés selon l’ONU, reste un foyer de tensions malgré la présence d’une force multinationale mixte créée en 1994 pour lutter contre les djihadistes. Cependant, le retrait du Niger de cette coalition en 2025 a affaibli la coordination régionale, compliquant davantage la lutte antidjihadiste.