3 juin 2026
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Comment les sage-femmes formées au Mali révolutionnent la santé des jeunes

Bamako – Kadidia, 19 ans, se souvient encore de sa gêne à l’idée d’aborder le sujet de la contraception. Dans de nombreux milieux au Mali, parler de santé sexuelle reste un tabou. Pourtant, cette jeune femme a finalement franchi le pas et découvert une écoute bienveillante dans un centre de santé de Bamako. Son témoignage illustre l’importance cruciale des sage-femmes formées pour accompagner les jeunes femmes.

Les défis persistants de la santé reproductive au Mali

Malgré les progrès réalisés, le Mali fait face à des défis majeurs en matière de santé sexuelle et reproductive. En 2024, le pays a enregistré 583 décès maternels, dont 89 chez des adolescentes âgées de 15 à 19 ans. Les grossesses précoces et non désirées restent un fléau, touchant des millions de jeunes femmes.

Les chiffres montrent une légère amélioration : en 2024, 559 493 jeunes femmes et adolescentes ont eu accès aux méthodes contraceptives modernes, contre 480 682 en 2023. Pourtant, avec près de 4,8 millions de femmes en âge de procréer, le chemin vers une couverture universelle reste long.

Un programme ambitieux pour briser les tabous

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et ses partenaires déploient un programme d’envergure pour renforcer les droits et l’accès aux soins en santé sexuelle et reproductive. Ce projet s’articule autour de plusieurs axes :

  • Renforcement du cadre juridique pour protéger les droits des femmes et des adolescentes.
  • Formation continue des prestataires de santé, incluant les sages-femmes, pour améliorer la qualité des soins.
  • Création de cliniques adaptées aux besoins des jeunes et des populations vulnérables.
  • Production de données fiables pour éclairer les politiques publiques.

Le Dr N’Tji Keita, Chef du Département santé de la mère et de l’enfant à l’Office National de la Santé de la Reproduction, souligne : « Ce programme s’inscrit dans notre plan stratégique et vise à garantir les droits en matière de soins, notamment pour les jeunes et les adolescents. Nous avons formé des magistrats, mis en place un observatoire national de la santé et renforcé la surveillance des décès maternels. »

Des outils stratégiques pour une meilleure prise de décision

L’OMS ne se contente pas d’un appui technique : elle joue un rôle clé dans la coordination et la supervision des activités. Grâce à son soutien, le Mali dispose désormais de son premier bulletin national sur les indicateurs de santé sexuelle et reproductive, ainsi que des Comptes nationaux de la santé 2022. Ces outils permettent une analyse approfondie des performances et orientent les décisions stratégiques.

Parmi les initiatives phares, on note la création d’une clinique Mère-Enfant-Adolescent à Sikasso, offrant des services intégrés de planification familiale et de prise en charge des violences basées sur le genre. Une équipe mobile est également déployée dans la zone humanitaire de Macina pour toucher les populations les plus isolées.

L’impact concret des formations pour les sage-femmes

Les sages-femmes, au cœur de ce dispositif, voient leur rôle transformé par la formation continue. Aïssata, sage-femme au centre de santé communautaire de Kebila, témoigne : « J’ai bénéficié de formations sur la consultation prénatale, la planification familiale et la prise en charge des IST/VIH/sida. Cela a radicalement amélioré ma pratique et m’a permis d’accueillir les jeunes femmes sans jugement. »

Assetou, sage-femme mentor à Yanfolila, partage son expérience : « Ces formations ont profondément changé ma manière de travailler. Je suis désormais plus à l’écoute, disponible et respectueuse du consentement des patientes. » Résultat ? Le nombre de jeunes et adolescents ayant bénéficié des services de santé sexuelle et reproductive dans son centre a plus que doublé, passant de 2 330 à 5 121 entre 2019 et 2025.

Un changement de mentalités en marche

Les campagnes de sensibilisation dans les écoles, les émissions radiophoniques et la formation des prestataires à l’écoute bienveillante ont permis de réduire progressivement les tabous. Les jeunes filles osent désormais se rendre dans les centres de santé, où elles trouvent écoute et soutien. Kadidia, désormais confiante, déclare : « La sage-femme m’a mise en confiance, m’a écoutée sans me juger et m’a prodigué des conseils avisés. Je veux encourager toutes les jeunes filles à faire de même : ces services sont là pour nous aider. »

Cette transformation ne se limite pas aux chiffres. Elle se mesure aussi dans l’évolution des comportements et l’amélioration du bien-être des jeunes femmes. Grâce aux efforts conjoints des autorités sanitaires, de l’OMS et des sage-femmes formées, le Mali avance vers une meilleure santé reproductive pour toutes.