Le groupe Wagner quitte le Mali après un bilan désastreux
En début d’année, le groupe Wagner, notoirement connu pour ses activités de mercenariat en Afrique, a officiellement quitté le Mali en clamant sur les réseaux sociaux que sa « mission était accomplie ». Pourtant, après trois ans et demi d’opérations de contre-terrorisme et de contre-insurrection, le résultat est sans appel : le pays reste plongé dans une spirale de violence et est aujourd’hui considéré comme l’épicentre mondial du terrorisme.
L’Africa Corps, une réplique sous contrôle du Kremlin
Pour pallier l’échec de Wagner, le Kremlin a mis en place une nouvelle force paramilitaire, l’Africa Corps, directement placée sous l’autorité du ministère de la Défense russe. Selon le Timbuktu Institute, près de 80 % des effectifs de cette nouvelle unité seraient d’anciens mercenaires de Wagner. Cependant, cette transition ne résout en rien les problèmes de violations des droits humains qui ont marqué leur prédécesseur.
Des pratiques condamnables toujours présentes
Le rapport du Timbuktu Institute souligne que l’Africa Corps perpétue les mêmes exactions que Wagner : assassinats extrajudiciaires, tortures et abus divers, souvent commis avec une impunité inquiétante. Ces agissements alimentent un profond ressentiment au sein des populations locales et favorisent le recrutement djihadiste, exploitant les frustrations accumulées.
Une collaboration militaire malienne en crise
Les soldats des Forces armées maliennes (FAMa) expriment leur exaspération face aux mercenaires russes. Les témoignages recueillis par The Sentry révèlent une méfiance généralisée : les combattants de Wagner ignorent systématiquement la chaîne de commandement malienne, sapant ainsi l’autorité locale. Les Maliens tiennent les Russes pour responsables des échecs sécuritaires et des erreurs opérationnelles ayant entraîné des pertes humaines et matérielles considérables.
Des tactiques contre-productives
Les méthodes brutales et l’approche désorganisée des mercenaires russes en matière de contre-terrorisme ont échoué à gagner la confiance de la population malienne. Pire encore, elles ont aggravé la situation : depuis leur arrivée, le nombre d’attaques contre des civils a explosé, notamment sous l’effet des actions menées par les forces de sécurité maliennes et leurs milices alliées.
Les exactions commises sont légion : violences sexuelles, exécutions massives et ciblage aveugle des populations civiles. Le massacre de Moura en 2022, où plus de 500 civils – dont au moins 300 hommes exécutés sommairement – ont péri, en est l’exemple le plus frappant.
Des accusations de crimes de guerre
Dès début 2023, des experts des Nations unies ont réclamé une enquête indépendante pour faire la lumière sur les violations flagrantes des droits humains et les crimes de guerre potentiels, voire les crimes contre l’humanité, commis au Mali par les forces gouvernementales et le groupe Wagner. Depuis 2021, les signalements d’exécutions sommaires, de charniers, de tortures et de violences sexuelles se multiplient, sans que justice ne soit rendue.
Un lien direct avec la radicalisation
Les exactions attribuées aux mercenaires russes ont joué un rôle clé dans l’intensification du recrutement djihadiste. Amadou Koufa, chef de la katiba Macina (affiliée à Al-Qaïda), a d’ailleurs expliqué en 2024 que la brutalité des Russes avait poussé les populations à rejoindre les rangs des groupes armés pour « défendre leur religion, leurs terres et leurs biens ».
Les attaques indiscriminées, notamment lors de cérémonies (mariages, enterrements), et les vidéos de maltraitances envers les civils touaregs ont exacerbé la colère et servi de propagande aux recruteurs terroristes.
Un tournant en 2024 : l’effondrement de Wagner
L’année 2024 a marqué un tournant avec la défaite humiliante de Wagner. En juillet, plusieurs groupes terroristes ont attaqué un important convoi près du village de Tin Zaouatine, dans le Nord-Est du Mali. Selon les chiffres avancés par les assaillants, 84 mercenaires russes et 47 soldats des FAMa ont péri.
Cette déroute a révélé les tensions croissantes entre Wagner et les FAMa. Les survivants russes ont accusé les services de renseignement maliens d’avoir sous-estimé la menace et abandonné leurs troupes sur le terrain. En réponse, les officiers maliens ont dénoncé le mépris des mercenaires, leur refus de respecter les chaînes de commandement, leur réquisition abusive de véhicules et des propos racistes.
Un officier de haut rang a résumé la situation par cette phrase : « Nous sommes passés de Charybde en Scylla. »
L’incapacité à protéger Bamako
En septembre 2024, des militants ont frappé l’aéroport de Bamako, faisant plus de 100 morts. Les unités de Wagner, stationnées à proximité, auraient attendu cinq heures avant d’intervenir. Un garde de l’aéroport a confié à The Sentry : « Si vous ne les payez pas, ils ne bougent pas. »
Des conséquences désastreuses pour le Mali
Charles Cater, directeur des enquêtes de The Sentry, a qualifié l’intervention de Wagner au Mali d’échec retentissant. Il a souligné que les opérations brutales et mal coordonnées avaient renforcé les alliances entre groupes armés, provoqué des pertes massives pour Wagner et accru le nombre de victimes civiles. « En définitive, le déploiement de Wagner n’a servi ni les intérêts du peuple malien, ni ceux du gouvernement militaire, ni même ceux du groupe mercenaires lui-même », a-t-il conclu.
Un avertissement pour l’Africa Corps
Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry, a mis en garde : à mesure que Moscou étend son influence en Afrique via l’Africa Corps, il est essentiel de comprendre que cette force n’est ni une armée invincible, ni un acteur économique fiable. « L’expérience malienne montre que Wagner a échoué sur tous les plans, et cela doit servir de leçon aux autres pays africains qui envisageraient de collaborer avec l’Africa Corps », a-t-elle déclaré.