28 avril 2026
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Comment la force unifiée de l’AES peut-elle concrétiser ses ambitions au Sahel ?

Le général Assimi Goita, président de la transition au Mali, passe en revue des troupes en tenue militaire avec un béret vert et un cache-nez.

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent actuellement à Bamako pour une session cruciale de deux jours. Cette rencontre, qui se tient à l’initiative de la Confédération des États du Sahel (AES), vise à évaluer les progrès réalisés depuis la création de l’alliance, à identifier les défis persistants et à désigner un nouveau président pour la confédération. L’objectif affiché ? Pérenniser la feuille de route tracée il y a un an et accélérer la mise en œuvre des institutions de l’AES.

Cette deuxième session du collège des chefs d’État s’inscrit dans un contexte marqué par des enjeux sécuritaires, diplomatiques et économiques majeurs. Les trois pays, confrontés à une insécurité endémique et à la menace des groupes armés transfrontaliers, cherchent à renforcer leur coopération pour y faire face. Selon les autorités maliennes, des avancées significatives ont été enregistrées durant la première année d’existence de l’AES, notamment en matière de coordination entre les États membres.

À la veille de ce sommet, le général Assimi Goita, président de la Transition au Mali et actuel président de l’AES, a procédé à l’inauguration officielle de la Force unifiée de l’AES (FU-AES). Composée de 5 000 soldats issus des trois nations, cette force multinationale sera dirigée par le général Daouda Traoré du Burkina Faso. Elle a pour mission de combattre l’insécurité et les groupes djihadistes opérant dans l’espace de l’AES.

La Force unifiée de l’AES : une réponse stratégique aux défis sécuritaires

Un véhicule militaire jaune avec une affiche indiquant 'FU-AES', symbole de la force unifiée de l'AES.

Depuis plusieurs années, les États du Sahel subissent les assauts répétés de groupes armés, dont la mobilité et l’organisation transfrontalière exacerbent l’instabilité dans la région. Les attaques, les prises de contrôle de territoires et les exactions contre les populations civiles soulignent l’urgence d’une réponse coordonnée. Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont donc opté pour une stratégie de mutualisation de leurs moyens militaires.

Cette collaboration se traduit par une intensification des échanges entre les états-majors, une amélioration du partage des renseignements et une synchronisation des opérations. La création de la FU-AES s’inscrit dans cette logique, avec pour ambition de renforcer la sécurité aux frontières et de réduire l’impact des groupes djihadistes. « La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas », a rappelé le général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, soulignant que cette force représente un engagement irréversible des trois États.

Quels sont les objectifs et les moyens de la FU-AES ?

La Force unifiée de l’AES a été officiellement lancée lors d’une cérémonie à Bamako. Composée de 5 000 soldats, elle sera placée sous le commandement du général Daouda Traoré du Burkina Faso. Son rôle principal consiste à lutter contre l’insécurité dans la région et à neutraliser les groupes armés présents dans l’espace de l’AES. Selon les autorités maliennes, cette force vise à renforcer la coordination entre les armées des trois pays et à mutualiser les ressources pour une action plus efficace.

Le général Sadio Camara a insisté sur la dimension stratégique de cette initiative, qualifiant la FU-AES d’aboutissement d’une « mutualisation fondée sur les valeurs sahéliennes de solidarité et de dignité ». Pour les dirigeants de l’AES, il s’agit d’un engagement sans retour, marquant une nouvelle étape dans la lutte contre le terrorisme dans la région.

Comment la force unifiée peut-elle atteindre ses objectifs ?

Des soldats de la Force unifiée de l'AES en intervention avec des engins militaires.

Pour que la Force unifiée de l’AES réussisse sa mission, plusieurs leviers doivent être actionnés. Selon Fiacre Vidjenagninou, Chercheur Principal au Behanzin Institute à Cotonou et Chercheur associé Senior à Egmont Institute à Bruxelles, la crédibilité de cette force dépendra de sa capacité à produire des résultats tangibles sur le terrain. « Une force peut gagner la bataille, mais sans gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation », souligne-t-il.

Plusieurs facteurs clés détermineront l’efficacité de la FU-AES :

  • Un commandement unifié : La coordination entre les trois armées doit être fluide et réactive. Chaque décision, chaque opération doit être prise dans un cadre collectif pour éviter les divergences de doctrine ou d’intérêts.
  • Un partage efficace des renseignements : La collecte, la fusion et l’analyse des informations doivent être optimisées pour permettre des frappes ciblées et rapides. « On collecte l’information, on la fusionne, on frappe vite et on reste », résume l’expert.
  • Une présence durable sur le terrain : La stratégie consistant à frapper et repartir doit laisser place à une occupation permanente des zones stratégiques. Contrôler les axes routiers, sécuriser les marchés et protéger les villages sont des priorités pour empêcher les groupes armés de revenir.
  • Un soutien logistique et médical : Le ravitaillement des troupes, l’évacuation des blessés et la gestion des ressources humaines doivent être assurés pour maintenir la cohésion et l’efficacité de la force.

Le chercheur insiste également sur l’importance de la confiance des populations locales. « Il faut rassurer les populations, protéger les marchés, et garantir une justice locale efficace. Sans cela, la violence se régénère et les groupes armés reprennent le contrôle », explique-t-il. Pour lui, la FU-AES doit éviter l’effet d’annonce et prouver sa capacité à apporter une sécurité durable aux citoyens.

Vers une intégration progressive de l’AES

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger lors du sommet de la Confédération des États du Sahel (AES) à Niamey, le 6 juillet 2024.

Fiacre Vidjenagninou recommande une approche progressive pour l’intégration de la FU-AES. Selon lui, élargir trop rapidement la force à d’autres pays pourrait compliquer la coordination en raison de différences de doctrines ou de méfiances mutuelles. Il propose une stratégie en plusieurs étapes :

  1. Prouver l’efficacité à trois : Démontrer que la coopération entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger fonctionne avant d’envisager l’adhésion d’autres États.
  2. Coopérer avec les voisins de manière opérationnelle : Engager des opérations coordonnées sur des couloirs précis et renforcer les accords de poursuite transfrontalière.
  3. Instituer une intégration formelle : Une fois la confiance établie, envisager une intégration plus large, mais uniquement après avoir validé les résultats concrets.

Les dirigeants de l’AES doivent également aborder lors de leur sommet à Bamako d’autres sujets cruciaux, tels que la création de la Télévision de l’AES (siège à Bamako) et de la radio « Daandè Liptako, la Voix du Liptako » (siège à Ouagadougou). Ils discuteront également de la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA.

La création de l’AES s’inscrit dans un contexte post-coup d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Après leur exclusion de la CEDEAO et leur retrait de l’institution, les trois pays ont fondé l’Alliance des États du Sahel en septembre 2023, avant d’officialiser la Confédération le 6 juillet 2024. Cette alliance vise à renforcer leur souveraineté et à mutualiser leurs ressources face aux défis sécuritaires et économiques.

Pour conclure, la Force unifiée de l’AES représente une avancée majeure dans la lutte contre l’insécurité au Sahel. Son succès dépendra de la capacité des trois États à surmonter leurs différences, à maintenir une coordination étroite et à produire des résultats tangibles pour les populations. Le sommet de Bamako sera l’occasion de faire le point sur les avancées réalisées et de tracer la voie pour une stabilisation durable de la région.