28 avril 2026
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L’escalade de la guerre économique dans le Sahel et au-delà : une menace grandissante pour l’Afrique de l’Ouest

En 2025, les groupes jihadistes du Sahel ont intensifié leurs campagnes militaires, menaçant la stabilité des régimes dirigés par l’armée dans la région. Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique Province du Sahel (ISSP) ont consolidé leur influence dans une grande partie du Mali, du Burkina Faso et du Niger, tout en étendant leurs opérations vers les zones frontalières du Bénin, du Niger et du Nigeria.

Cette expansion s’accompagne d’une stratégie délibérée de guerre économique, visant à perturber les fonctions économiques et à faire pression sur les États de la région. Au Mali, le JNIM a imposé un blocus sur le carburant et les transports dans les villes de Kayes et Nioro du Sahel, perturbant les routes commerciales et de transport reliant Bamako aux régions environnantes. Résultat : des pénuries de carburant et des hausses de prix dans tout le pays, paralysant l’économie et sapant l’autorité du gouvernement.

escalade de la guerre économique dans le Sahel et au-delà

Des chiffres alarmants : l’impact de la violence politique en Afrique de l’Ouest

Entre le 1er janvier et le 28 novembre 2025, les violences politiques ont causé la mort de plus de 10 000 personnes au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Parallèlement, 30 ressortissants étrangers ont été enlevés au Mali (22 cas) et au Niger (8 cas).

Les données de l’ACLED révèlent également une augmentation de près de 70 % des décès au Bénin par rapport à la même période en 2024, illustrant l’extension de la menace jihadiste vers les zones côtières d’Afrique de l’Ouest.

Une expansion stratégique vers les zones côtières d’Afrique de l’Ouest

L’une des évolutions majeures pour 2026 est la consolidation d’un nouveau front dans les zones frontalières entre le Bénin, le Niger et le Nigeria. Cette région, désormais stratégique pour les groupes jihadistes du Sahel et nigérians, est devenue un foyer de conflit aux implications régionales.

Au Bénin, le JNIM a intensifié ses opérations transfrontalières depuis l’est du Burkina Faso dès avril 2025, culminant avec la mort de plus de 50 soldats dans le parc W. D’ici la mi-année, le groupe avait progressé vers le sud, atteignant le département du Borgou, à la frontière avec le Nigeria. Cette avancée marque une expansion vers le sud au-delà des régions les plus septentrionales comme l’Atacora et l’Alibori.

Parallèlement, l’ISSP a renforcé sa présence dans le sud-ouest du Niger, se rapprochant de la ville de Gaya, à la frontière avec le Bénin, tout en poursuivant ses opérations dans les États de Sokoto et Kebbi au Nigeria. Dans ces zones frontalières, le groupe a attaqué des villages, des postes de sécurité et des patrouilles militaires, tout en sabotant des infrastructures critiques.

Une menace croissante pour la stabilité régionale

La convergence entre les groupes jihadistes du Sahel et nigérians représente un tournant. Les théâtres d’opération distincts du Sahel et du Nigeria fusionnent progressivement en un seul conflit interconnecté, s’étendant du Mali à l’ouest du Nigeria. Cette dynamique pourrait faire de cette sous-région un terrain privilégié de compétition entre les groupes armés en 2026.

Les régimes militaires du Sahel central font face à des pressions internes et externes croissantes. Au Mali et au Burkina Faso, les offensives soutenues du JNIM, les blocus et les sièges ont affaibli le contrôle de l’État, exposant des vulnérabilités structurelles profondes. Au Mali, l’embargo sur le carburant et les transports continue d’affecter l’économie et la circulation des biens et des personnes, aggravant les difficultés des civils et sapant la légitimité du régime.

Au Burkina Faso, des années d’attrition ont laissé l’armée et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) sursollicités. La capacité du JNIM à s’emparer temporairement de grandes villes témoigne non seulement de l’évolution stratégique et tactique du groupe, mais aussi de son potentiel à cibler des capitales régionales comme Fada N’Gourma, dans l’est du pays, en raison de l’incapacité de l’État à défendre et sécuriser les capitales départementales et provinciales.

L’érosion de l’autorité de l’État et la montée en puissance des groupes armés

À travers le Sahel central, l’autorité de l’État s’érode progressivement, malgré les promesses des juntes de rétablir la sécurité. Le JNIM et l’ISSP contestent désormais la souveraineté sur de vastes territoires ruraux, où ils imposent leur propre ordre social, taxent la population et conditionnent l’accès aux moyens de subsistance. Leur influence s’étend désormais vers les grands centres urbains autrefois considérés comme relativement à l’abri de l’activité militante.

Les groupes d’autodéfense locaux, essentiels aux efforts de contre-insurrection de l’État dans les zones rurales, sont sous une pression sans précédent. Au Mali, de nombreuses milices Dozo ont été désarmées ou contraintes de conclure des accords avec le JNIM, laissant des communautés entières dépendantes des arrangements imposés par les groupes armés pour une sécurité limitée et un accès économique. Au Burkina Faso, les VDP, autrefois au cœur de la stratégie de mobilisation du président Traoré, ont subi de lourdes pertes et restent largement en position défensive, limitant la capacité de l’État à tenir ou reconquérir des territoires.

L’alliance militaire entre la Russie et les pays du Sahel a donné des résultats limités. Le remplacement du groupe Wagner par l’Afrique Corps a laissé de vastes zones sans protection, l’Afrique Corps ayant une portée plus limitée et n’étant pas parvenue à empêcher les avancées militaires. Cependant, vers la fin de l’année, le rôle de l’Afrique Corps a évolué vers la sécurisation des convois de carburant et des routes d’approvisionnement clés dans le sud du Mali, où l’embargo du JNIM commençait à perdre de son élan.

Risques accrus de déstabilisation politique en 2026

La combinaison d’une pression militante soutenue, de milices affaiblies et d’une capacité et légitimité étatiques en déclin augmente le risque de déstabilisation politique dans le Sahel central. Si les régimes militaires du Mali ou du Burkina Faso succombent à des divisions internes ou à des troubles populaires, un effet domino régional pourrait se produire, plaçant les régimes voisins dans des positions de plus en plus précaires. Si les tendances actuelles se poursuivent, 2026 pourrait voir une instabilité politique plus profonde et une fragmentation territoriale dans le Sahel central et le long de ses frontières sud.

Analyse des dynamiques régionales

Le JNIM et l’ISSP ont adopté des stratégies différentes mais complémentaires dans leur approche de la guerre économique. Le JNIM se concentre principalement sur les travailleurs étrangers, ciblant les installations de production industrielle, les sites miniers et les routes de transit. L’ISSP, en revanche, cible à la fois les ressortissants occidentaux et les travailleurs étrangers, avec la plupart des enlèvements enregistrés au Niger. Les opérations parrainées par l’ISSP marquent un changement vers la prise en otage de ressortissants occidentaux de haute valeur et l’externalisation des enlèvements à des réseaux criminels.

Les groupes comme Ansaru, Mahmuda et les factions de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, ainsi que les groupes de bandits, voient leurs zones d’opération s’étendre dans des espaces partagés. Cette convergence pourrait entraîner une augmentation des interactions entre ces groupes, avec des dynamiques et de nouveaux schémas de violence évoluant à travers ces zones frontalières.

Les régimes militaires du Sahel central doivent faire face à des défis multidimensionnels : maintenir le contrôle sur les routes de transit et les centres urbains, tout en luttant contre l’expansion des groupes armés et en répondant aux besoins sécuritaires et économiques de leurs populations. L’année 2026 s’annonce comme une période critique pour la stabilité de la région, avec des implications majeures pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.