7 mai 2026

Au cours de l’année 2025, le Mali a connu un durcissement marqué des restrictions touchant les libertés d’association, de réunion pacifique et d’expression. Les autorités ont multiplié les arrestations arbitraires et les disparitions forcées visant des figures de l’opposition et des acteurs de la société civile. Parallèlement, le conflit armé a continué de peser lourdement sur la population, avec des exactions commises tant par les forces régulières et leurs partenaires que par des groupes insurgés. Cette instabilité a entraîné la fermeture de plus de 2 000 établissements scolaires à travers le pays.

Éléments de contexte politique et sécuritaire

Face au blocage du précédent processus de paix, rejeté par une partie de la classe politique et des groupes armés, une Charte nationale pour la paix et la réconciliation a été instaurée en février. Sur le plan institutionnel, la transition militaire débutée en 2020 a été officiellement prolongée pour une durée de cinq ans en avril.

Le paysage sécuritaire a évolué avec le remplacement du groupe Wagner par l’Africa Corps, une entité placée sous la tutelle du ministère de la Défense de Russie, consolidant ainsi l’alliance militaire entre Bamako et Moscou. En août, le gouvernement a affirmé avoir déjoué une tentative de déstabilisation, menant à l’interpellation d’officiers maliens et d’un diplomate français. Enfin, le Mali a manifesté son intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI) en septembre.

Entraves aux libertés publiques

La répression s’est intensifiée avec la dissolution de l’ensemble des formations politiques, une mesure qui a provoqué des vagues de contestation. À Bamako, les manifestations organisées en avril et mai pour dénoncer cette décision ont été dispersées avec violence par les forces de l’ordre.

Pratiques de disparitions forcées

Plusieurs personnalités ont été la cible d’enlèvements par les services de sécurité ou des individus armés non identifiés :

  • Alou Badra Sacko, figure de la société civile, a été séquestré durant deux mois après avoir critiqué la fiscalité sur les services mobiles.
  • El Bachir Thiam, cadre du parti Yelema et opposant à la prolongation de la transition, a été détenu au secret de mai à septembre.
  • Alhassane Abba, responsable politique, a également été enlevé à son domicile avant d’être relâché sans poursuites judiciaires.

Détentions et pressions judiciaires

Le climat politique reste marqué par l’incarcération de militants comme Moulaye Baba Haïdara et ses compagnons, signalés comme ayant subi des actes de torture. L’ancien Premier ministre Moussa Mara a été condamné à un an de prison en octobre pour avoir défendu publiquement les droits des détenus d’opinion sur les réseaux sociaux. De plus, malgré une décision de justice ordonnant sa libération, le militant Clément Dembele est resté maintenu en détention.

Violences perpétrées par les groupes armés

Les populations civiles demeurent les premières victimes des groupes radicaux. En février, l’État islamique au Sahel (EIS) a massacré 34 personnes lors de l’attaque d’un convoi près de Gao. À Ménaka, le corps de Sidi Barka, un leader communautaire enlevé par l’EIS, a été découvert en août. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) a également multiplié les rapts, ciblant notamment le maire de Konna.

D’autres tragédies ont frappé le centre et le nord du pays, comme l’exécution publique de Mariam Cissé à Tonka ou l’attaque de Farabougou par la katiba du Macina, provoquant des déplacements massifs de population.

Atteintes au droit international humanitaire

Les opérations militaires ont été entachées de graves dérives. En mars, une frappe de drone des Forces armées maliennes (FAMa) a causé la mort de dix civils à Ejdeïr. Des rapports font également état d’exécutions extrajudiciaires massives à Sebabougou et Diafarabé, impliquant parfois des milices locales ou des partenaires russes. Bien que des enquêtes aient été promises par le commandement militaire, les résultats n’ont pas été communiqués.

Crise sociale et droit à l’éducation

L’insécurité alimentaire s’est aggravée sous l’effet des blocus imposés par le GSIM autour de villes comme Kayes ou Nioro du Sahel. Le groupe a délibérément restreint l’approvisionnement en carburant depuis le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ciblant les transporteurs routiers.

Le secteur éducatif est en plein déclin : en juin 2025, 2 036 écoles étaient fermées, privant environ 618 000 enfants d’instruction. La région de Kidal est particulièrement sinistrée, avec plus de 60 % des jeunes déscolarisés.