Le Cameroun a connu en 2025 un remboursement sans précédent de sa dette extérieure, avec un montant colossal de 1 101 milliards de FCFA (1,896 milliard de dollars) déboursés, contre 1 023 milliards un an plus tôt. Cette explosion, marquée par une hausse de 12,3 %, révèle l’impact direct des échéances massives accumulées ces dernières années sur le budget national. Les conséquences pour les citoyens et l’économie camerounaise s’annoncent lourdes : réduction des investissements publics, pression accrue sur les recettes et compression des marges de manœuvre budgétaires.
Un remboursement record qui asphyxie les recettes de l’État
La facture de la dette extérieure camerounaise absorbe désormais 22,1 % des recettes tirées des exportations, un seuil critique surveillé de près par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. En 2025, ces recettes ont reculé de 2,9 %, atteignant 8,57 milliards de dollars, tandis que l’encours total de la dette progresse de 10,5 % pour frôler les 17,57 milliards de dollars. Ce paradoxe s’explique notamment par le déclin structurel de la production pétrolière, pilier historique des devises camerounaises, et par une conjoncture défavorable sur les produits comme le cacao et le bois.
L’essentiel des remboursements de 2025 provient de l’amortissement d’emprunts contractés au début des années 2010, majoritairement auprès de créanciers asiatiques pour financer des infrastructures majeures comme le port de Kribi ou le barrage de Memve’ele. Les eurobonds émis en 2015, refinancés en 2021, arrivent à échéance en masse, tout comme les engagements auprès du FMI, avec des tirages passant de 84,3 à 130,4 millions de dollars en un an.
Des marges de manœuvre budgétaires en chute libre
La situation se dégrade lorsque l’on observe l’évolution des flux nets de financements extérieurs. En 2025, ceux-ci ont chuté de 32,8 %, ne dépassant plus 624 millions de dollars. Pire encore, les transferts nets, une fois déduits les intérêts, ne représentent plus que 113 millions de dollars, soit une baisse de 71,5 % sur un an. Le Cameroun bascule ainsi d’un prêteur net à un emprunteur contraint, dans une dynamique où chaque dollar remboursé se transforme en préjudice pour les projets sociaux et économiques.
Cette asphyxie financière se répercute directement sur l’investissement public. Les premières données du premier trimestre 2026 affichent un recul de 27,7 % des dépenses d’équipement par rapport à la même période de 2025. Cette tendance s’inscrit dans le cadre du programme de consolidation imposé par le FMI, mais aussi dans un contexte où la dette intérieure et extérieure combinée dépasse déjà les 600 milliards de FCFA pour 2026, selon les projections de la BEAC.
Un défi historique pour l’après-Paul Biya
Les dernières analyses de viabilité de la dette, publiées conjointement par le FMI et la Banque mondiale en mars 2026, confirment le classement du Cameroun en zone à risque élevé de surendettement. Bien que la dette soit jugée « gérable » à moyen terme, son poids (30,3 % du revenu national brut et 205,1 % des recettes extérieures) révèle une vulnérabilité structurelle : la capacité à générer des devises pour rembourser reste le point faible. L’année 2026 s’annonce comme un test décisif pour le prochain gouvernement, alors que le pays entre dans une période de transition politique après quatre décennies sous la même direction.
Le futur exécutif devra relever trois défis majeurs : renégocier certains prêts bilatéraux pour alléger la pression, relancer l’émission de titres sur le marché régional via la BEAC, et renforcer l’assiette fiscale non pétrolière. Chaque décision impactera directement la capacité à financer les secteurs sociaux, sécuritaires et économiques cruciaux pour la stabilité du pays.