23 mai 2026
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Bassirou Diomaye Faye rompt avec son Premier ministre, plongeant le Sénégal dans l’incertitude

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a annoncé, vendredi soir, la fin des fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko. Cette décision brutale met fin à une alliance politique qui avait permis aux deux hommes de s’imposer lors de l’élection présidentielle de février 2024. Le chef de l’État a officialisé cette rupture à travers une déclaration télévisée, lue par le secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba. «Les fonctions de monsieur Ousmane Sonko, Premier ministre, ainsi que celles des ministres et secrétaires d’État membres du gouvernement sont désormais terminées», a-t-il déclaré. Les membres de l’exécutif sortant sont chargés d’expédier les affaires courantes jusqu’à la formation d’une nouvelle équipe.

Cette séparation intervient après des mois de tensions croissantes entre les deux figures politiques, dont l’alliance avait été scellée dans l’opposition au président Macky Sall. Empêché de se présenter à l’élection en raison d’une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques, Ousmane Sonko avait finalement soutenu Bassirou Diomaye Faye pour porter les couleurs de leur mouvement politique. Sonko avait ensuite joué un rôle décisif dans l’accession de Faye au pouvoir.

Une rivalité devenue ingérable

Dès l’installation du nouveau gouvernement à Dakar, les divergences entre les deux hommes se sont accentuées. Ousmane Sonko, icône d’une jeunesse sénégalaise séduite par son discours souverainiste et panafricaniste, continuait d’exercer une influence majeure sur la scène politique nationale. Cette situation plaçait Bassirou Diomaye Faye dans une position délicate, certains militants voyant en Sonko l’architecte véritable de l’alternance politique.

Les tensions ont atteint leur paroxysme après les élections législatives de novembre 2024, remportées largement par le parti présidentiel. Plusieurs incidents récents à Dakar ont révélé des désaccords de plus en plus visibles entre la présidence et la primature, alimentant les rumeurs sur une rupture inévitable. Les spéculations sur une séparation des deux hommes se sont intensifiées au fil des semaines.

Quelques minutes après l’annonce de son limogeage, Ousmane Sonko a réagi sur Facebook avec une phrase concise et symbolique : «Alhamdoulillah. Ce soir, je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui», faisant référence à son quartier d’habitation à Dakar. Rapidement, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient des dizaines de ses partisans se rassembler devant sa résidence, scandant son nom.

Un risque d’affrontement politique à l’Assemblée nationale

Cette décision présidentielle ouvre une période d’incertitude politique sans précédent au Sénégal. Le camp de Ousmane Sonko conserve une influence majeure au sein de l’Assemblée nationale, où la majorité parlementaire du parti au pouvoir pourrait rapidement transformer cette crise personnelle en un conflit institutionnel. L’ancien Premier ministre reste en effet l’une des personnalités politiques les plus populaires du pays.

L’ascension fulgurante du duo Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko reposait sur une dénonciation des élites dirigeantes, une critique des relations avec la France et une promesse de renouvellement politique. Pendant des mois, leur mouvement avait mobilisé une partie importante de la jeunesse urbaine sénégalaise, galvanisée par le discours de rupture porté par Sonko.

En écartant celui qui fut son mentor politique, Bassirou Diomaye Faye prend le risque de s’aliéner une base militante dont la loyauté reste, pour beaucoup, indéfectiblement attachée à l’ancien chef du gouvernement. À Dakar, la perspective d’une recomposition rapide des rapports de force au sommet de l’État fait déjà naître une agitation politique intense. Le pays, qui avait jusqu’ici résisté aux crises institutionnelles successives, se retrouve désormais face à une instabilité majeure.