9 juillet 2026
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L’exécution du budget d’investissement public au Cameroun a connu un effondrement spectaculaire durant le premier trimestre 2026, marquant un début d’exercice budgétaire particulièrement laborieux. À la fin du mois de mars, les dépenses d’investissement qui ont été ordonnancées ne s’élevaient qu’à 45 milliards de FCFA. Ce chiffre contraste fortement avec les 175,5 milliards enregistrés à la même période l’année précédente. Cette contraction représente une diminution de 130,5 milliards de FCFA en valeur absolue, soit un repli de 74,4 % sur un an. Par conséquent, le taux d’exécution des crédits d’investissement prévus par la loi de finances 2026 n’atteint que 2,5 %, un niveau exceptionnellement bas, même pour un premier trimestre traditionnellement caractérisé par une activité modérée.

PROBMIS IA : un virage technologique qui entrave la chaîne de la dépense

Le ministère des Finances (Minfi) attribue une part significative de ce ralentissement à la transition vers une nouvelle plateforme informatique de gestion budgétaire, baptisée PROBMIS IA, mise en service en début d’année. Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPBMT) 2027-2029, élaboré en amont du Débat d’orientation budgétaire, reconnaît explicitement que les contraintes techniques liées à ce basculement ont ralenti le traitement des opérations. Les dépenses courantes n’ont d’ailleurs guère mieux performé, affichant un taux d’exécution de seulement 14,7 % à fin mars.

La perturbation est particulièrement prononcée pour les investissements financés sur les ressources propres de l’État, dont le taux d’exécution ne s’établit qu’à un maigre 0,3 %. Les investissements bénéficiant de ressources extérieures affichent un taux légèrement supérieur de 5,2 %, mais qui demeure modeste. En pratique, la chaîne de la dépense publique s’est retrouvée saturée au moment où les administrations devaient initier leurs premiers engagements de l’année. Le Minfi assume la responsabilité d’un démarrage plus lent qu’à l’accoutumée.

Financements extérieurs : des décaissements en nette régression

En plus des frictions techniques, l’environnement de mobilisation des ressources s’est avéré moins favorable. Les emprunts et dons effectivement perçus à fin mars n’ont totalisé que 137,5 milliards de FCFA, contre 327,6 milliards un an plus tôt. Cela représente une baisse de 190,1 milliards de FCFA, soit un recul de 58 % en glissement annuel. Cette diminution affecte tant les prêts et dons destinés à des projets spécifiques que les appuis budgétaires généraux.

Plus précisément, les prêts alloués aux projets n’ont drainé que 39,4 milliards de FCFA, alors que les prévisions trimestrielles tablaient sur 206,7 milliards, soit un taux de réalisation de seulement 19 %. Les dons plafonnent à 0,1 milliard de FCFA, très loin des 18,5 milliards escomptés, tandis qu’aucun décaissement d’appui budgétaire n’a été enregistré durant cette période. Cette combinaison de facteurs pèse mécaniquement sur les investissements financés par des ressources extérieures, dont le calendrier demeure dépendant du rythme d’exécution des bailleurs de fonds.

Au total, les ressources budgétaires mobilisées par l’État camerounais se chiffrent à 1 331,4 milliards de FCFA à fin mars, pour un objectif annuel de 8 683,9 milliards. Le taux de réalisation s’élève ainsi à 15,3 %, en baisse par rapport aux 19,6 % enregistrés un an auparavant. Du côté des dépenses, l’ordonnancement global atteint 1 547,1 milliards de FCFA, en repli de 2,9 % par rapport aux 1 593,2 milliards comptabilisés l’année précédente. Les dépenses courantes, hors intérêts, affichent également une diminution de 80,5 milliards, s’établissant à 566,1 milliards de FCFA.

Un risque avéré pour les projets structurants de la SND30

Le premier trimestre est traditionnellement une période où la consommation des crédits d’investissement est faible, en raison des délais de passation des marchés et de la mise en œuvre progressive des chantiers. Cependant, l’ampleur du décrochage observé cette année dépasse largement les schémas habituels. Un tel retard, s’il devait persister, mettrait sous forte pression le calendrier des projets d’infrastructures majeurs inscrits dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).

Les secteurs les plus dépendants de la commande publique se retrouvent en première ligne. Le bâtiment et les travaux publics, les matériaux de construction, l’ingénierie et les transports sont étroitement liés à la capacité de l’État à ordonnancer les dépenses d’équipement dans les délais impartis. Une exécution durablement inférieure aux prévisions impacterait négativement la trésorerie des entreprises attributaires et la dynamique de l’activité économique nationale.

L’enjeu crucial pour les autorités camerounaises consiste désormais à résoudre rapidement les difficultés techniques de PROBMIS IA et à accélérer la mobilisation des financements extérieurs. Cette double capacité d’ajustement est indispensable pour rattraper le retard accumulé au cours des trois derniers mois et atteindre les objectifs fixés pour 2026.