3 juin 2026
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Une télévision montre le signal coupé de la chaîne France 24, quelques heures après que le gouvernement militaire du Burkina Faso ait suspendu la chaîne, le 27 mars 2023.
© 2023 Olympia de Maismont/AFP via Getty Images

Les autorités militaires de transition du Burkina Faso ont récemment franchi une nouvelle étape dans la restriction de la liberté de l’information en expulsant deux journalistes françaises accréditées. Agnès Faivre, correspondante pour Libération, et Sophie Douce, représentant Le Monde, ont été contraintes de quitter le territoire burkinabè, malgré la validité de leurs visas et de leurs autorisations de travail.

Le 31 mars, à Ouagadougou, la capitale, des agents des services de renseignement nationaux ont convoqué et interrogé les deux professionnelles des médias. Sans justification officielle, elles ont reçu l’ordre de quitter le pays sous 24 heures. Cette décision arbitraire soulève de sérieuses questions quant au respect des droits des journalistes dans le pays.

Les rédactions de Libération et du Monde ont fermement réagi à ces expulsions. Libération a qualifié cette mesure d’«injustifiée», la reliant directement à une enquête menée par sa correspondante le 27 mars. Cette investigation portait sur une vidéo troublante, prétendument filmée dans une caserne militaire à Ouahigouya, province du Yatenga, montrant des corps d’enfants au sol en présence d’individus en uniformes militaires burkinabè. Le Monde a, quant à lui, dénoncé ces expulsions comme «inacceptables» et a exprimé sa «plus grande fermeté» face à cette «décision arbitraire».

Cet incident s’inscrit dans une série croissante d’atteintes aux libertés d’expression et des médias au Burkina Faso. Auparavant, le 27 mars, la chaîne d’information internationale française France 24 avait vu ses émissions suspendues, et déjà en décembre 2022, la station de radio internationale RFI avait subi le même sort. Dans les deux cas, le gouvernement burkinabè avait invoqué la diffusion de «fausses nouvelles» pour justifier ces suspensions, renforçant l’inquiétude autour de la liberté de la presse.

Daouda Diallo, éminent activiste burkinabè des droits humains et lauréat du prix Martin Ennals 2022, a vivement critiqué la situation. Selon lui, «La junte inflige des dommages irréparables à la liberté d’expression dans ce pays». Il a insisté sur le fait que «Le journalisme n’est pas un crime, et devrait cesser d’être un métier dangereux au Burkina Faso», soulignant la précarité des professionnels de l’information.

Les journalistes, qu’ils soient locaux ou internationaux, ainsi que les organes de presse opérant au Burkina Faso, sont confrontés à une recrudescence du harcèlement, des menaces et des arrestations arbitraires. Ces actions s’apparentent à une tentative délibérée de la junte militaire de réduire au silence les voix indépendantes et critiques, essentielles à une information équilibrée.

Face à un conflit armé persistant avec des groupes islamistes, le rôle des journalistes est plus que jamais crucial. Ils doivent pouvoir exercer leur métier en toute sécurité, sans craindre de représailles. Il est impératif que les autorités militaires de transition reviennent sur leur décision, autorisant Agnès Faivre et Sophie Douce à reprendre leur travail. Plus largement, elles doivent s’engager à lever les entraves qui pèsent sur le travail essentiel des journalistes, garants de l’information et de l’instruction du peuple burkinabè.

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