Depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré à la tête du Burkina Faso, le pays connaît une transformation profonde marquée par une centralisation accrue de la gestion publique. Si les discours officiels mettent en avant la souveraineté et la réorganisation stratégique, la réalité socio-économique sur le terrain s’avère bien différente. Derrière les déclarations de rupture, la population burkinabè, et en particulier le secteur commercial, s’enfonce dans une détresse silencieuse, prise dans un engrenage de restrictions où la concertation a cédé la place aux décisions unilatérales.
Dernier exemple de cette gouvernance verticale : le conflit qui oppose depuis plusieurs mois le ministère du Commerce aux vendeurs de cyclomoteurs. Les nouvelles mesures imposées par les autorités visent à réglementer strictement la vente, les prix et l’usage des deux-roues, ce qui a porté un coup sévère à un secteur déjà fragilisé.
Un secteur vital pris en tenaille
Au Burkina Faso, la moto n’est pas un luxe : elle constitue un élément essentiel de la mobilité urbaine et rurale, ainsi qu’une source de revenus pour des milliers de familles. En s’attaquant à la régulation des prix et en limitant les conditions de vente ainsi que la circulation de certains modèles, le régime militaire touche à un secteur clé.
Sur les marchés de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, le mécontentement est perceptible, bien que discret. Les commerçants dénoncent une rupture totale du dialogue social :
« Avant, il existait des espaces de discussion. Aujourd’hui, les ordres viennent d’en haut et doivent être exécutés sans discussion. Si l’on proteste, on est qualifié d’antipatriote », confie sous le couvert de l’anonymat un important importateur local.
La spirale du silence et de l’autoritarisme
Depuis la prise de pouvoir du capitaine Traoré, les acteurs économiques décrivent un climat où une seule volonté s’impose à la nation. Cette centralisation excessive engendre une imprévisibilité chronique pour les affaires. Les opérateurs économiques sont pris entre deux feux : d’un côté, la hausse des coûts d’importation et les réalités du marché mondial ; de l’autre, des injonctions étatiques rigides fixant les prix de vente en dessous du seuil de rentabilité.
Les conséquences de cette politique autoritaire sont immédiates :
- Asphyxie financière : les petits revendeurs, incapables de respecter les marges imposées, risquent la faillite.
- Pénuries artificielles : face au gel des prix, certains importateurs suspendent leurs commandes, menaçant l’offre.
- Insécurité juridique : les nouvelles restrictions de circulation, officiellement justifiées par des raisons sécuritaires, paralysent le transport de marchandises dans plusieurs localités.
Le cri du cœur d’une économie aux abois
La souffrance du peuple burkinabè, et en particulier de sa classe marchande, se vit désormais en silence. Dans un contexte de transition militaire stricte, la crainte de représailles empêche toute expression publique des griefs. Pourtant, la réalité économique est tenace : la prospérité ne se décrète pas par simple ordonnance.
En voulant tout contrôler, de la chaîne logistique à l’usage quotidien des citoyens, le pouvoir de transition prend le risque de rompre le fragile équilibre économique qui maintient le pays à flot. Pour les commerçants de deux-roues, le constat est amer : la souveraineté économique tant vantée ressemble de plus en plus à un dirigisme étouffant.