16 septembre 2026
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85,38 %. C’est le taux de performance administrative que le gouvernement de transition burkinabè met en avant pour l’année 2025. Un chiffre annoncé, revendiqué, célébré — alors que les usagers continuent d’affronter des guichets vides, des démarches interminables et une corruption qui ne faiblit pas dans la commande publique. L’écart entre la statistique et le quotidien n’a jamais été aussi visible.

Un indice autodéclaré qui ne mesure pas le service rendu

L’indice de performance porté par le Conseil national de la modernisation de l’Administration repose sur une auto-évaluation. Autrement dit, l’appareil d’État se note lui-même. Ce taux ne dit rien de la qualité effective du service public, encore moins de la situation des populations rurales, largement laissées de côté. Obtenir un acte d’état civil, faire valoir un droit, faire aboutir un dossier : les obstacles restent entiers pour une grande partie des Burkinabè, confrontés par ailleurs à une précarité croissante et à un accès difficile aux services de base.

Dématérialisation : l’argument phare, la couverture réseau en question

La numérisation des procédures est présentée comme la marque de fabrique de l’exécutif. Le problème est ailleurs : accélérer la dématérialisation dans un pays où les coupures d’électricité sont récurrentes et où le réseau internet reste faible en province revient à avancer sans filet. Cette transformation, loin d’être inclusive, exclut de fait des millions de citoyens privés d’équipement ou d’accès aux plateformes numériques. Le service public se déplace en ligne, une partie de la population reste hors du guichet.

Redéploiement territorial : une annonce, pas encore un plan

Accompagner le retour des forces armées par la réinstallation des services publics est une nécessité. Mais présenter une administration prête à réinvestir immédiatement les zones reconquises relève de la communication plus que de l’opérationnel.

Des agents envoyés sans garanties suffisantes

Enseignants, agents de santé, administrateurs : sans sécurité solide sur place et sans budget d’équipement à la hauteur des enjeux, leur déploiement tient de l’imprudence. La présence de l’État suppose des moyens concrets, pas seulement une déclaration d’intention.

Fonction publique : discipline affichée, mainmise politique en marche

Sous prétexte de bâtir une administration « intègre et disciplinée », le pouvoir prépare en réalité une politisation accrue de la haute fonction publique. La révision des critères de nomination et le contrôle renforcé sur les agents publics deviennent des outils pour écarter les voix dissidentes et faire taire les organisations syndicales.

Ce qu’il faudrait traiter en priorité

Les séminaires et les autosatisfactions statistiques à Ouagadougou ne règlent aucun dossier. Les causes profondes de l’inefficacité de l’État restent intactes :

  • le manque criant de moyens sur le terrain ;
  • l’absence d’une redevabilité réelle devant les citoyens ;
  • la dégradation continue du pouvoir d’achat des travailleurs.

Tant que ces trois points ne seront pas attaqués de front, le taux de 85,38 % restera ce qu’il est : un chiffre de communication, sans effet mesurable sur la vie des Burkinabè.