23 juillet 2026
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« Je n’oublierai jamais cette soirée. » Amadou Bangoura, 30 ans, étudiant béninois installé au Sénégal depuis cinq ans, garde un souvenir amer de cette nuit où tout bascula. Vers 22 heures, alors qu’il quittait sa salle de sport à Liberté 6 pour rentrer chez lui, une patrouille de police l’a intercepté. Sans raison apparente. Les rues de Dakar étaient quasi désertes, les commerces fermés, et seule la lueur des phares perçait l’obscurité. Deux agents lui ont demandé ses papiers. Sans explication.

Cette scène, vécue par de nombreux ressortissants ouest-africains, s’inscrit dans le cadre d’une vaste opération de contrôles ciblant les étrangers, orchestrée par la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage entre le 30 juin et le 8 juillet. Officiellement présentée comme un moyen de « renforcer la sécurité des personnes », cette campagne a abouti à 490 vérifications et 36 défèrements au parquet pour séjour irrégulier.

Des contrôles qui ébranlent la réputation d’hospitalité du Sénégal

Pour Amadou Bangoura, titulaire d’un titre de séjour en règle, cette expérience a laissé une trace indélébile : « Je me suis demandé ce qui allait m’arriver. » Son sentiment est partagé par une partie de la population étrangère, qui voit dans ces mesures une atteinte à l’image traditionnelle de Teranga – l’hospitalité sénégalaise, reconnue à travers le continent.

Les organisations de la société civile tirent la sonnette d’alarme : « Ce qui inquiète aujourd’hui n’est pas l’existence d’une politique migratoire, mais la normalisation d’une logique de suspicion permanente envers l’étranger. » Leur communiqué, publié le 13 juillet, dénonce des interpellations arbitraires, des exigences administratives jugées disproportionnées, ainsi que des rétentions prolongées sans justification.

Des discours xénophobes qui gagnent du terrain

Sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, la communauté guinéenne – qui représente plus de 40 % des résidents étrangers au Sénégal – est la cible de stigmatisations répétées. Des accusations infondées, évoquant un prétendu « vol de travail » au détriment des Sénégalais, circulent sans preuve. Ces discours rappellent étrangement ceux propagés récemment en Afrique du Sud contre les immigrants.

Cette vague de contrôles survient dans un contexte particulier : le Sénégal vient tout juste de prendre la présidence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Une coïncidence qui interroge sur les priorités du pays en matière de relations régionales.