3 juin 2026
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Le Mali et le Niger pointent du doigt l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme au Sahel

Les gouvernements du Mali et du Niger ont réitéré des accusations historiques selon lesquelles l’Algérie exporterait le terrorisme au Sahel. Ces pays estiment que Alger abrite, soutient et alimente indirectement des groupes armés qui multiplient les attaques au sud de ses frontières.

Lors d’un forum régional de sécurité organisé au Sénégal ce lundi, les responsables maliens et nigériens n’ont pas explicitement cité l’Algérie. Pourtant, leurs déclarations reprenaient mot pour mot les critiques formulées depuis des mois par Bamako. Selon ces dernières, Algiers jouerait un rôle de base logistique et politique pour les groupes terroristes et séparatistes opérant dans le nord du Mali.

« Certains pays voisins abritent des groupes terroristes, les soutiennent ou accueillent régulièrement des forces hostiles qui lancent des opérations contre nous », a déclaré Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères du Mali, à l’agence Reuters.

Des racines historiques dans la guerre civile algérienne

Les experts en sécurité analysent la montée du terrorisme au Sahel comme une conséquence directe de la guerre civile algérienne des années 1990. Selon eux, les réseaux militants vaincus ou déplacés en Algérie se seraient reconstitués avant de migrer vers le sud, plutôt que de disparaître.

Des organisations comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) sont nées du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), lui-même issu du Groupe islamique armé (GIA) ayant combattu le régime algérien pendant la « Décennie noire ». Pendant des années, ces groupes étaient dirigés par des ressortissants algériens qui ont délocalisé leurs activités au Mali et à travers le Sahara sous la pression militaire à l’intérieur du pays.

Des rapports évoquent également des complicités entre les services de sécurité algériens et certains groupes terroristes au Sahel.

Des tensions diplomatiques croissantes entre Bamako et Alger

Le Mali a maintes fois condamné, lors des instances internationales, le soutien algérien au terrorisme. Ces critiques ont été relayées dans des déclarations gouvernementales et des correspondances diplomatiques, notamment après une dégradation marquée des relations entre les deux pays l’année dernière.

Ces tensions trouvent leur origine dans le nord du Mali, où des groupes terroristes et des milices touarègues affrontent l’État malien depuis plus d’une décennie. Bamako accuse ces groupes de profiter des frontières poreuses et de la tolérance algérienne envers les militants opérant le long de sa frontière sud.

En septembre de l’année dernière, Abdoulaye Maïga, Premier ministre malien, avait déclaré devant l’Assemblée générale des Nations unies qu’Alger était passé du statut de partenaire dans la lutte antiterroriste à celui d’« exportateur de terrorisme » vers le Sahel.

Ces accusations se sont intensifiées après que des forces algériennes ont abattu un drone militaire malien près de la frontière fin mars. Bamako a qualifié cet incident de « acte délibéré visant à protéger des chefs terroristes ciblés par les opérations maliennes ».

En représailles, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont rappelé conjointement leurs ambassadeurs à Alger et publié un communiqué accusant l’Algérie de soutenir le terrorisme.

Le Niger s’aligne sur les positions du Mali contre l’Algérie

Le Niger, de son côté, a systématiquement soutenu les positions du Mali dans son différend avec l’Algérie. Les autorités nigériennes ont endorsed les mesures de rétorsion diplomatique prises par Bamako après l’incident du drone et ont exprimé leur solidarité face à ce qu’elles qualifient de terrorisme algérien.

Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, a déjà accusé plusieurs gouvernements étrangers de financer des attaques contre le Niger. Niamey a ainsi soutenu Bamako dans son bras de fer avec Alger, que les pays du Sahel perçoivent de plus en plus comme un facteur de déstabilisation régionale.

Une fracture sécuritaire qui s’élargit en Afrique de l’Ouest

Pour l’instant, le débat sur le rôle de l’Algérie met en lumière une divergence croissante dans la politique sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest. Les juntes militaires au pouvoir dans la région estiment que le terrorisme ne peut être vaincu tant que les comportements permissifs ou déstabilisateurs des États voisins persistent.