21 juillet 2026
MALI-UNREST

Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition gather at the Kidal roundabout in Kidal, on April 26, 2026. April 25, 2026's shock attacks, synchronised by Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition and the jihadist Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM), targeted several areas in the vast arid country. Fighting resumed on April 26 in several areas, including Kita near Bamako, Kidal, Gao and Severe. Tuareg rebels meanwhile announced an agreement allowing Russian forces backing Mali's army to withdraw from the northern city of Kidal, which they claimed was "totally" under their control. (Photo by abdollah Ag Mohamed / AFP)

Un tournant majeur a été enregistré ce week-end dans l’est du Mali. Les rebelles touaregs, alliés à des groupes djihadistes, ont repris le contrôle de Kidal, une position stratégique jusqu’alors sous l’emprise de la milice Africa Corps depuis plusieurs années. Après des combats intenses et des négociations tendues, les combattants russes se sont retirés, marquant un recul significatif pour cette organisation paramilitaire.

Cette milice, considérée comme l’une des branches les plus discrètes de l’armée russe à l’international, avait été officiellement lancée en 2023. Sa création avait été évoquée par le blogueur militaire Deux Majors sur Telegram, relayant des déclarations d’Igor Korotchenko, ancien colonel et journaliste proche du Kremlin. Africa Corps serait dirigée par le vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov.

Un héritage de Wagner, une nouvelle stratégie

L’émergence d’Africa Corps intervient dans un contexte où le groupe Wagner, autre milice russe active en Afrique, traverse une période trouble. Fondé en 2014, ce dernier avait pour mission de défendre les intérêts de Moscou, notamment au Sahel. Cependant, la disparition de ses deux principaux dirigeants, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, dans un accident d’avion en août 2023, a fragilisé sa structure. Prigojine, autrefois proche de Vladimir Poutine, avait même tenté une rébellion contre le Kremlin avant sa mort.

Contrairement à Wagner, souvent critiqué pour ses méthodes brutales et ses exactions, Africa Corps se veut plus discrète et mieux intégrée aux institutions russes. Selon une source gouvernementale américaine citée en 2023, cette nouvelle milice aurait pour objectif d’absorber les activités et le personnel de Wagner en Afrique, tout en évitant les controverses liées aux crimes de guerre.

Des ambitions africaines clairement définies

Dès sa création, Africa Corps a affiché des objectifs ambitieux. Igor Korotchenko a déclaré que l’organisation mènerait des opérations militaires à grande échelle pour soutenir les pays africains cherchant à se libérer de la « dépendance néocoloniale » et à renforcer leur souveraineté. Le nom même de cette milice n’est pas anodin : il s’inspire de l’Afrikakorps, une unité allemande de la Seconde Guerre mondiale ayant opéré en Afrique du Nord.

Contrairement à Wagner, Africa Corps mise sur une approche plus institutionnelle. Elle fournit des soldats et du matériel militaire aux gouvernements alliés de la Russie, consolidant ainsi son influence. Son expansion s’étend aujourd’hui au Burkina Faso, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Niger, en plus du Mali.

Africa Corps au Mali : un pivot géopolitique

Au Mali, Africa Corps a pris le relais de Wagner en 2024, déployant des centaines, voire des milliers de combattants. Son rôle est crucial pour soutenir la junte militaire au pouvoir à Bamako, face à la montée des rebelles touaregs. Cette alliance permet à Moscou de renforcer son emprise régionale, d’autant que les puissances occidentales, dont la France, ont progressivement quitté le pays.

Les motivations de la Russie ne sont pas uniquement stratégiques. Le Mali et ses voisins regorgent de ressources minières convoitées, tandis que les routes migratoires vers l’Europe passent par cette zone. En consolidant sa présence, Moscou étend son influence économique et politique, tout en contournant les sanctions internationales.

Une milice sous surveillance internationale

Malgré son approche plus subtile, Africa Corps n’échappe pas aux critiques. En 2024, le Royaume-Uni a accusé le groupe de « violations généralisées des droits humains » et d’exploitation des ressources naturelles africaines à son profit. Ces accusations s’ajoutent à celles portées contre Wagner, renforçant l’image d’une Russie déterminée à étendre son influence en Afrique, coûte que coûte.