Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition gather at the Kidal roundabout in Kidal, on April 26, 2026. April 25, 2026's shock attacks, synchronised by Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition and the jihadist Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM), targeted several areas in the vast arid country. Fighting resumed on April 26 in several areas, including Kita near Bamako, Kidal, Gao and Severe. Tuareg rebels meanwhile announced an agreement allowing Russian forces backing Mali's army to withdraw from the northern city of Kidal, which they claimed was "totally" under their control. (Photo by abdollah Ag Mohamed / AFP)
Africa Corps : la milice russe qui redessine l’équilibre au Mali
Un week-end sanglant au Mali a marqué un tournant inattendu dans la région. Des groupes armés, alliés à la rébellion touarègue, ont lancé des attaques coordonnées contre des positions clés de la junte malienne. Parmi les cibles figuraient Bamako, où le ministre de la Défense Sadio Camara a trouvé la mort. Dans l’est du pays, un fief stratégique a basculé : Kidal, jusqu’alors sous contrôle d’une milice aux liens troubles avec Moscou, a été repris après des affrontements intenses.
Cette milice, connue sous le nom d’Africa Corps, incarne une nouvelle stratégie russe en Afrique. Depuis son émergence en 2023, elle s’est imposée comme un acteur clé au Sahel, remplaçant progressivement l’ombre de Wagner. Mais qui se cache derrière cette organisation, et quels sont ses véritables objectifs ?
Une milice née dans l’ombre de Wagner
L’Africa Corps n’est pas une création ex nihilo. Son apparition coïncide avec le déclin du groupe Wagner, dont les fondateurs, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, ont disparu dans des circonstances troubles en août 2023. Leur mort a laissé un vide que Moscou a comblé en structurant une nouvelle force, plus discrète mais tout aussi déterminée.
Dès novembre 2023, des rumeurs circulaient sur la création de cette milice. Igor Korotchenko, ancien colonel et figure médiatique proche du Kremlin, évoquait une organisation placée sous l’égide du vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov. Contrairement à Wagner, accusé de crimes de guerre et de répression aveugle, l’Africa Corps se présente comme une force plus « professionnelle » et centralisée.
Des ambitions claires : souveraineté et ressources
Les objectifs affichés par l’Africa Corps sont ambitieux. Selon Igor Korotchenko, cette milice vise à « soutenir les États africains dans leur quête d’indépendance face aux anciennes puissances coloniales, à chasser la présence occidentale et à garantir une souveraineté totale ». Un discours qui résonne particulièrement au Mali, où la junte au pouvoir cherche à s’affranchir de l’influence française.
Mais au-delà des déclarations, les actions parlent d’elles-mêmes. L’Africa Corps déploie des centaines, voire des milliers de combattants au Mali depuis 2024. Elle fournit un appui logistique et militaire aux régimes alliés de Moscou, tout en tissant sa toile dans d’autres pays du Sahel : Burkina Faso, Libye, Soudan, République centrafricaine et Niger. Son influence s’étend également vers les routes migratoires et les zones riches en ressources naturelles.
Un retrait stratégique à Kidal, mais une présence toujours forte
Le retrait de l’Africa Corps de Kidal, après des années de contrôle, marque un revers significatif. Les rebelles touaregs, soutenus par des groupes djihadistes, ont repris cette ville clé, symbole de la résistance à la junte malienne. Pourtant, cette défaite locale ne remet pas en cause la stratégie globale de Moscou. L’organisation reste un pilier essentiel pour maintenir l’influence russe dans la région.
Son approche plus discrète et son absence de scandales publics contrastent avec l’héritage controversé de Wagner. Cependant, des sanctions internationales ont déjà été prononcées contre elle. En 2024, le Royaume-Uni l’a accusée de « violations graves des droits humains » et d’exploitation des ressources naturelles à des fins lucratives.
Un nom chargé d’histoire
Le choix du nom « Africa Corps » n’est pas anodin. Il s’inspire directement de l’Afrika Korps, une unité allemande de la Seconde Guerre mondiale opérant en Afrique du Nord. Une référence qui, pour certains observateurs, souligne une volonté de revanche historique et une stratégie de domination à long terme.
L’avenir de l’Africa Corps au Sahel
Alors que les combats font rage au Mali et que les tensions persistent dans toute la région, l’Africa Corps continue de jouer un rôle central. Son retrait de Kidal ne signifie pas un abandon de ses ambitions. Au contraire, cette milice s’adapte, renforce ses alliances et consolide son emprise sur les gouvernements locaux.
Pour Moscou, l’enjeu est double : étendre son influence géopolitique et sécuriser des partenariats économiques stratégiques. Dans un contexte où les puissances occidentales se retirent progressivement, l’Africa Corps représente une carte maîtresse pour la Russie en Afrique.