44 ans de pouvoir au Cameroun : quels impacts pour les citoyens et l’économie nationale ?

44 ans de pouvoir au Cameroun : quels impacts pour les citoyens et l’économie nationale ?

Le Cameroun franchit un cap symbolique avec le 44e anniversaire de l’accession de Paul Biya à la présidence, un record de longévité politique qui interroge autant qu’il fascine. Derrière les discours officiels célébrant la stabilité institutionnelle se cachent des réalités économiques et sociales pesantes. Chômage des jeunes, dette publique colossale, système de santé défaillant et crises sécuritaires persistantes transforment ce jubilé en miroir tendu vers un avenir incertain.

Écouter cet article≈ 6 min

Un bilan économique contrasté : entre infrastructures et précarité généralisée

Soutenue par des investissements pharaoniques comme le port en eau profonde de Kribi ou les projets hydroélectriques, la croissance camerounaise peine à suivre le rythme des besoins criants. Malgré des dépenses publiques massives, les indicateurs clés restent préoccupants :

  • Une dette record : plus de 15 000 milliards de francs CFA alourdissent la charge des générations futures, limitant l’espace budgétaire pour des politiques sociales ambitieuses.
  • Un chômage endémique : avec une population majoritairement jeune, le marché du travail est submergé, offrant un contraste saisissant entre les grands chantiers et l’inactivité forcée des diplômés.
  • Une corruption systémique : le Cameroun stagne à 26/100 à l’indice de Transparency International, freinant l’attractivité économique et sapant la confiance des investisseurs.

Ces tensions économiques se répercutent directement sur la vie quotidienne, avec une inflation qui grignote le pouvoir d’achat et un coût de la vie insoutenable pour les ménages pauvres.

Crise anglophone et terrorisme : l’instabilité qui mine l’unité nationale

Au-delà des chiffres, c’est l’unité territoriale qui est aujourd’hui fragilisée. La crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, née en 2016, s’est muée en conflit armé prolongé. Avec des milliers de victimes civiles et des centaines de milliers de déplacés, cette guerre larvée épuise les ressources du pays et attise les tensions intercommunautaires.

Parallèlement, la menace de Boko Haram dans l’Extrême-Nord persiste malgré les opérations militaires. Les incursions meurtrières et le climat d’insécurité chronique découragent l’investissement et poussent à l’exode rural les populations les plus vulnérables. À l’Est, l’afflux de réfugiés centrafricains et les tensions transfrontalières ajoutent une couche supplémentaire de complexité à un tableau déjà bien sombre.

La jeunesse camerounaise, première victime de la précarité

Face à ce tableau peu reluisant, les jeunes Camerounais sont les premières victimes collatérales du système. Le chômage des diplômés atteint des niveaux records, poussant une frange de plus en plus large vers l’exil ou des emplois informels précaires. La fracture générationnelle se creuse avec une élite dirigeante vieillissante et une jeunesse avide de changement, mais privée d’alternatives politiques crédibles.

Les inégalités régionales alimentent ce malaise : Yaoundé et Douala concentrent les infrastructures sanitaires et économiques, tandis que les zones rurales et périphériques restent à l’écart des bénéfices du développement. Ce déséquilibre spatial nourrit un sentiment d’abandon et exacerbe les revendications autonomistes.

Un système de santé à l’agonie : l’urgence d’une révolution sanitaire

Symbole de ce déclin relatif, le secteur de la santé illustre les inégalités structurelles du Cameroun. Les hôpitaux de référence, sous-financés et sous-équipés, ne suffisent plus à absorber la demande croissante. Les évacuations sanitaires des élites vers l’Europe deviennent une norme, révélant l’urgence d’une refonte en profondeur du système de soin.

La couverture santé universelle (CSU) reste un vœu pieux, et les Camerounais doivent souvent payer de leur poche des soins qui devraient être accessibles gratuitement. Cette situation aggrave la mortalité évitable et creuse les inégalités sociales, avec un impact disproportionné sur les populations rurales et les plus démunis.

L’ombre de la succession : un Cameroun à la croisée des chemins

À 93 ans, Paul Biya incarne une longévité politique unique au monde, mais son départ programmé ou non soulève des questions explosives. Les rivalités au sommet de l’État menacent de plonger le pays dans une crise post-transition chaotique. Deux scénarios s’opposent :

  • Un maintien de l’ordre établi : avec un parti au pouvoir (RDPC) déterminé à conserver les rênes, au risque d’une radicalisation autoritaire.
  • Un changement de paradigme : porté par des revendications de démocratie accrue et une jeunesse exigeante, mais confronté à la résistance d’un système verrouillé.

Dans les deux cas, la préparation de l’après-Biya doit s’accélérer pour éviter une déstabilisation brutale. La société civile, bien que fragmentée, commence à émerger comme un acteur clé, tandis que les acteurs économiques locaux plaident pour un cadre politique stable qui favorise l’investissement.

Le Cameroun de 2026 se trouve à un tournant historique. Entre la pression d’une jeunesse impatiente, les attentes d’une économie compétitive et les défis sécuritaires, le pays doit choisir entre l’enlisement dans l’immobilisme ou l’audace d’une refonte systémique.

Flux RSS & XML :