L’opération de recapitalisation d’Eramet, impliquant une prise de participation du Gabon, suscite une vive polémique politique dans la capitale française. Par une question écrite datée du 30 juin 2026, le député Arnaud Le Gall (LFI-NFP) interroge l’exécutif français sur la véritable nature de cet investissement stratégique. L’élu insoumis suggère que le discours officiel, vantant le renforcement de la souveraineté minière gabonaise sur ses propres ressources, pourrait dissimuler une manœuvre de sauvetage financier du holding familial Duval, actionnaire principal d’Eramet via la Société de Développement et de Participations Minières et Industrielles (SDPMI).
Une interprétation officielle contestée
Les autorités gabonaises avaient initialement dépeint cette transaction comme une avancée stratégique majeure. Le Gabon, acteur prépondérant dans la production mondiale de manganèse grâce à la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), une filiale historique d’Eramet, percevait cette acquisition de capital au sein de la maison mère comme un moyen d’accroître ses revenus issus de l’extraction et d’influencer davantage la direction du groupe. Libreville a d’ailleurs engagé ces dernières années une politique active de contrôle accru sur ses ressources essentielles, concrétisée par une réforme du code minier et un renforcement de la présence étatique dans divers secteurs.
Cependant, Arnaud Le Gall rejette catégoriquement cette interprétation. Selon le député, ce qui est présenté comme un progrès en matière de souveraineté pour un État africain représente avant tout une aide financière cruciale pour des actionnaires français en difficulté. La famille Duval, dont l’histoire est intrinsèquement liée à Eramet, connaîtrait des difficultés financières avérées concernant son patrimoine. Un apport de capital par un investisseur souverain étranger offrirait ainsi un moyen de stabiliser la structure actionnariale, évitant une dilution massive des parts détenues historiquement.
Le manganèse gabonais au cœur des enjeux
Le contexte industriel revêt une importance capitale dans cette discussion. Le Gabon est un contributeur essentiel aux revenus d’Eramet, principalement via Comilog, dont les exportations de manganèse sont vitales pour l’industrie sidérurgique mondiale et, plus récemment, pour la fabrication de batteries. Le groupe développe également des initiatives dans le nickel et le lithium, des métaux indispensables à la transition énergétique. Cette dépendance opérationnelle vis-à-vis des richesses du sous-sol gabonais crée une disparité : Libreville fournit la matière première, tandis que la valeur ajoutée et les choix stratégiques majeurs sont pris à l’extérieur.
L’investissement dans la holding parisienne avait précisément pour objectif de rééquilibrer cette situation. Toutefois, la question parlementaire cherche à déterminer le coût réel de cette opération et les contreparties concrètes obtenues. Le représentant LFI s’interroge sur les modalités financières de l’accord, les garanties de gouvernance accordées à l’État gabonais, et l’éventuelle participation, directe ou indirecte, de l’État français dans ce montage. Il exhorte le gouvernement français à éclaircir sa position et à indiquer si des intérêts publics français ont soutenu cette transaction.
Un débat qui dépasse le seul cas Eramet
Au-delà de ce cas minier spécifique, la question parlementaire relance une discussion fondamentale sur les liens économiques entre la France et le Gabon. Depuis la récente transition politique à Libreville, les autorités gabonaises ont clairement exprimé leur désir de revoir les accords historiques, tant dans le secteur des hydrocarbures que dans celui des mines. De nombreuses entreprises françaises, établies de longue date, ont vu leur statut remis en question ou leurs partenariats redéfinis. L’affaire Eramet s’inscrit dans cette dynamique, mais se distingue par un fait marquant : c’est un État africain qui injecte des capitaux dans une société française, et non l’inverse.
Cette inversion des rôles explique la vivacité de la controverse. Pour les partisans de l’opération, elle symbolise l’ascension d’un actionnariat souverain africain, désormais en mesure d’exercer une influence significative au sein des conseils d’administration des grandes entreprises extractives européennes. En revanche, pour ses opposants, dont Arnaud Le Gall, elle soulève des interrogations quant à la pertinence financière de cet investissement et à son rapport coût-bénéfice pour les fonds publics gabonais. Le gouvernement français est tenu de fournir une réponse écrite à cette interpellation parlementaire dans les délais légaux, ce qui pourrait apporter des éclaircissements sur les zones d’ombre de cette transaction.
Cette situation met en lumière la complexité grandissante des relations économiques entre la France et ses partenaires africains, où chaque transaction capitalistique d’envergure génère désormais des interprétations divergentes. Le député souhaite obtenir des détails précis sur tous les aspects financiers de la recapitalisation et sur les éventuels engagements pris par l’exécutif français.