3 juin 2026
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Un an après la prise de pouvoir par le capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso demeure confronté à une situation sécuritaire précaire. Alors que la région sahélienne connaît une instabilité croissante, marquée récemment par un coup d’État au Niger, la présence de groupes armés et de mercenaires de Wagner soulève de vives inquiétudes quant à l’avenir de la stabilité régionale.

La stratégie sécuritaire du régime de Traoré

Le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré, alors âgé de 34 ans et plus jeune dirigeant mondial, a accédé à la présidence par intérim, promettant de rétablir la sécurité et de reconquérir les territoires sous emprise jihadiste. Son gouvernement s’est engagé dans une réponse sécuritaire musclée face aux attaques persistantes des groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

  • Renforcement des effectifs : Une campagne de recrutement massive a été lancée pour les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), une force civile de soutien à l’armée.
  • Acquisition de matériel : Le régime a investi dans l’achat de drones et d’hélicoptères pour mieux « neutraliser » les jihadistes.
  • Implication directe : Le capitaine Traoré lui-même a été vu sur le terrain, cherchant à motiver les troupes.

Malgré ces efforts, le journal privé L’Observateur Paalga a souligné dans un éditorial que le problème initial ayant justifié l’arrivée de Traoré au pouvoir « est loin d’être résolu ». Lassina Diarra, spécialiste de la sécurité au Sahel, a confié à l’AFP que si l’arrivée d’Ibrahim Traoré avait suscité un « grand espoir » parmi la population, la situation sécuritaire s’est « considérablement détériorée » en dépit des nombreuses tentatives de reprise de contrôle sur le terrain.

Un bilan humain et social alarmant

Les chiffres dressent un tableau sombre de la crise humanitaire et sécuritaire au Burkina Faso :

  • Plus de 17 000 décès liés aux attaques depuis 2015.
  • Plus de 6 000 décès enregistrés depuis le début de l’année en cours, selon l’ONG ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project).
  • Les forces armées et les VDP sont les principales cibles, mais les civils paient un lourd tribut.
  • Plus de 6 000 écoles, soit près d’une sur quatre, sont fermées, d’après le Conseil norvégien pour les réfugiés.
  • Environ deux millions de personnes ont été déplacées par les violences depuis 2015.

Fin du mois dernier, le gouvernement a affirmé que plus de 190 000 personnes avaient pu regagner leurs foyers après que les jihadistes aient été chassés de certaines zones.

Soutien et controverses : entre progrès et allégations

Les partisans du régime saluent les « décisions fortes » du capitaine Traoré. Lassane Sawadogo, coordinateur du Front de défense de la patrie, un mouvement pro-régime, déclare qu’il n’y a « pas d’échec » et que l’armée, auparavant sous-équipée, a désormais « acquis d’énormes ressources » grâce à l’arrivée de Traoré.

Cependant, des voix s’élèvent pour dénoncer des abus présumés commis par les VDP ou les forces armées. En avril, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés a rapporté le meurtre de 136 personnes, dont des femmes et des enfants, dans le village de Karma, imputé à des individus en uniforme militaire. Une enquête a été ouverte, et le gouvernement a fermement condamné ces « actes ignobles et barbares », bien que le capitaine Traoré ait appelé à la prudence avant d’accuser l’armée.

Redéfinition des alliances internationales et libertés

Des préoccupations concernant l’érosion des libertés individuelles ont également été exprimées. L’Unité d’action syndicale, regroupant les principaux syndicats, a pointé du doigt des recrutements forcés, des enlèvements et la suspension de médias. Au cours des douze derniers mois, plusieurs médias français (RFI, France 24, Jeune Afrique) ont été suspendus, et des correspondants de Libération et Le Monde ont été expulsés.

Sous la direction de Traoré, les relations avec la France se sont détériorées, entraînant le départ des forces françaises du pays en février. La junte a depuis diversifié ses partenaires internationaux, tissant des liens avec la Russie, l’Iran et le Venezuela. Plus récemment, un pacte de défense mutuelle a été signé avec le Mali et le Niger, également dirigés par des régimes militaires issus de coups d’État depuis 2020.

Lassane Sawadogo estime que le capitaine Traoré a « libéré » le pays du « joug de l’impérialisme » et qu’il a « beaucoup travaillé » durant cette année. Le régime bénéficie toujours d’un soutien populaire, comme en témoigne la mobilisation de milliers de personnes à Ouagadougou suite à des rumeurs de coup d’État. Le gouvernement militaire a d’ailleurs annoncé avoir déjoué une tentative de coup d’État, menant à l’arrestation de quatre officiers, signe d’une instabilité persistante au sein même de l’appareil d’État.