23 mai 2026
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Le Sénégal est le théâtre d’un bouleversement politique majeur. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin aux fonctions de son Premier ministre, Ousmane Sonko, ce vendredi. Cette décision intervient après plusieurs mois de tensions palpables entre les deux hommes, pourtant alliés de longue date et portés au pouvoir en avril 2024 par une vague d’espoir populaire et une forte mobilisation citoyenne.

L’ex-Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, acclamé par ses partisans devant son domicile de Dakar après son limogeage, le 23 mai 2026.

L’annonce a été faite à la télévision nationale par Oumar Samba Ba, le secrétaire général de la présidence. Le communiqué précisait que la révocation de monsieur Ousmane Sonko entraînait également la fin des mandats de tous les ministres et secrétaires d’État du gouvernement sortant. Ces derniers sont désormais chargés d’expédier les affaires courantes. Pour l’heure, aucune information n’a été communiquée concernant la nomination d’un nouveau chef de gouvernement.

Depuis leur accession conjointe à la tête de l’État, les désaccords se sont multipliés entre le président Faye et son ancien mentor, dont l’influence charismatique avait été déterminante pour leur victoire électorale. Ousmane Sonko, figure emblématique de l’opposition à l’ancien président Macky Sall (2012-2024), avait été écarté de la course présidentielle de 2024 suite à une condamnation pour diffamation, qui lui avait fait perdre ses droits civiques. C’est alors qu’il avait désigné Bassirou Diomaye Faye pour le représenter.

Des partisans d’Ousmane Sonko brandissent son portrait devant son domicile de Dakar, le 23 mai 2026.

Avec son discours panafricaniste, Ousmane Sonko avait su captiver une jeunesse sénégalaise désabusée, suscitant un véritable éveil citoyen en Afrique de l’Ouest. Ce soutien populaire s’était forgé au fil d’un bras de fer intense avec le régime de Macky Sall, marqué par de violentes répressions lors de manifestations contre un potentiel troisième mandat. À peine libérés de prison grâce à une amnistie, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye avaient mené une campagne victorieuse sous le slogan fédérateur « Diomaye Moy Sonko » (Diomaye c’est Sonko en wolof).

Un rassemblement spontané à Dakar

La nouvelle du limogeage a provoqué une réaction immédiate de l’intéressé. « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui », a déclaré M. Sonko sur son compte Facebook. Peu après minuit, il est apparu devant son domicile à Dakar, où des centaines de citoyens africains s’étaient spontanément réunis pour l’acclamer.

Quelques heures avant son éviction, le Premier ministre avait prononcé un discours retentissant devant le Parlement, fustigeant la « tyrannie » de l’Occident. Il avait notamment accusé les puissances occidentales de vouloir « imposer l’homosexualité au reste du monde », quelques semaines après l’adoption d’une loi renforçant les peines contre les relations homosexuelles dans ce pays majoritairement musulman d’Afrique de l’Ouest.

Des partisans d’Ousmane Sonko se rassemblent pour manifester devant son domicile à Dakar le 22 mai 2026, à la suite de sa révocation du poste de Premier ministre du Sénégal.

Les tensions entre le chef de l’État et le chef du gouvernement étaient devenues manifestes au cours des derniers mois. Début mai, le président Faye avait publiquement critiqué la « personnalisation excessive » de son Premier ministre au sein de la coalition au pouvoir. Il avait alors affirmé lors d’une interview télévisée : « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre. »

Le parti d’Ousmane Sonko détient une majorité significative à l’Assemblée nationale sénégalaise depuis les élections législatives de novembre 2024. Fin avril, une réforme du code électoral, contestée par l’opposition, a été adoptée par le Parlement, ouvrant potentiellement la voie à une candidature de M. Sonko pour l’élection présidentielle de 2029. De son côté, le président Faye, bien que ne bénéficiant pas de la même ferveur populaire que son ancien allié, consolide ses propres appuis grâce au mouvement « Diomaye Président », alimentant les spéculations sur une éventuelle candidature en 2029.

Sur le plan économique, le Sénégal fait face à d’importants défis. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le pays est le deuxième le plus endetté d’Afrique subsaharienne, avec une dette équivalente à 132% de son PIB, héritée du précédent gouvernement. En 2024, le nouveau gouvernement avait accusé l’administration de l’ex-président Macky Sall d’avoir dissimulé cette réalité, ce qui a conduit à la suspension d’un programme d’aide du FMI de 1,8 milliard de dollars. Cette décision politique majeure s’inscrit donc dans un contexte national complexe, et son impact sur l’actualité africaine sera scruté avec attention.