14 juillet 2026
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Ce qu’il faut retenir

  • Remaniement ministériel : Ousmane Sonko a été écarté du poste de Premier ministre le 22 mai 2026 par le président Bassirou Diomaye Faye
  • Défiance affichée : Le 12 juillet 2026 à Mbacké, Sonko a annoncé son intention de déposer une motion de censure contre le gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô
  • Soutien présidentiel : Dix maires sur seize du département de Mbour ont exprimé leur allégeance au chef de l’État ce même 12 juillet
  • Nouvelle dynamique politique : Un congrès fondateur est prévu pour le 8 août 2026 à la Dakar Arena afin de lancer le parti du président Faye

Un meeting chargé de tensions à Mbacké

La crise politique au Sénégal vient de franchir une nouvelle étape. Lors d’un rassemblement organisé le 12 juillet dans la ville de Mbacké, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, a durci le ton à l’encontre de Bassirou Diomaye Faye et de son équipe gouvernementale. Dans un discours percutant, il a reproché à l’exécutif d’avoir abandonné les promesses électorales phares, notamment la renégociation souverainiste des contrats liés aux ressources pétrolières, gazières et minières.

Sonko a également dénoncé des pratiques de corruption au sein de l’administration et brandi la menace d’une motion de censure pour renverser le gouvernement mené par Ahmadou Al Aminou Lô, nommé Premier ministre le 25 mai 2026. Ces déclarations, largement relayées sur les réseaux sociaux dès le lendemain, confirment l’ampleur de la rupture entre les deux figures historiques du mouvement Pastef.

Une séparation politique devenue incontournable

Le divorce entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s’est concrétisé le 22 mai 2026, lorsque le président a démis ce dernier de ses fonctions de Premier ministre. Cette décision brutale a marqué un tournant dans le paysage politique sénégalais, les deux hommes ayant longtemps incarné l’alliance victorieuse aux élections de mars 2024.

Quelques jours plus tard, Ahmadou Al Aminou Lô prenait la tête du gouvernement. Sonko, quant à lui, a été propulsé à la présidence de l’Assemblée nationale, un poste stratégique mais éloigné du pouvoir exécutif direct. Cependant, l’ancien Premier ministre continue de mobiliser ses soutiens et de critiquer ouvertement la gestion actuelle des affaires publiques.

Des élus locaux rallient le camp présidentiel

Alors que Sonko intensifie ses offensives, Bassirou Diomaye Faye renforce ses appuis locaux. Le 12 juillet, jour du meeting de Mbacké, dix des seize maires du département de Mbour ont publiquement manifesté leur fidélité au chef de l’État. Cette démonstration de force s’inscrit dans une stratégie plus large visant à consolider une base politique indépendante du Pastef historique.

Le président Faye a d’ailleurs prévu de concrétiser cette ambition le 8 août 2026 lors du congrès fondateur de son nouveau parti à la Dakar Arena. Cet événement symbolise sa volonté de s’affranchir définitivement de l’influence de Sonko et du mouvement qui les a portés au pouvoir.

Une opposition frontale sur tous les fronts

Ousmane Sonko n’a pas limité ses critiques aux seuls contrats énergétiques. Il s’en est également pris à la décision des membres du Conseil constitutionnel, qui ont rejeté la révision constitutionnelle, tout en pointant directement la responsabilité du président Faye dans cette affaire. Le ton employé reflète une opposition radicale, alors que les deux hommes partageaient jusqu’alors la même étiquette politique.

Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô n’est pas resté sans réaction. Sur les réseaux sociaux, il a rétorqué aux accusations de Sonko en dénonçant une instrumentalisation politique du patriotisme. Cette réplique illustre la détermination de l’exécutif à ne pas céder face à la pression.

Contexte politique et enjeux au Sénégal

Le Sénégal, nation de près de 18 millions d’habitants située à l’extrême ouest du continent africain, a connu une transition historique en mars 2024 avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye. Porté par le mouvement Pastef et son mentor Ousmane Sonko, le nouveau président avait promis une rupture radicale avec les pratiques du passé et une gestion souveraine des ressources naturelles, en particulier celles liées au pétrole et au gaz découverts au large des côtes dakaroises.

Mbacké, ville où s’est tenu le meeting du 12 juillet, représente un bastion religieux majeur du Sénégal, au cœur de la région de Diourbel et de l’influence du mouridisme, une confrérie soufie dominante dans le pays. Touba, cité sainte voisine, est un territoire électoral stratégique. La présence de Sonko dans cette zone n’est pas anodine : elle vise à renforcer son ancrage local, alors que le président Faye tente lui aussi de s’y implanter politiquement.

Une motion de censure réalisable ?

La menace d’une motion de censure n’est pas une simple déclaration en l’air. En tant que président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko dispose des outils nécessaires pour enclencher cette procédure. La question reste de savoir s’il parviendra à rassembler une majorité suffisante pour faire tomber le gouvernement. Le Pastef disposait jusqu’alors d’une majorité confortable à l’Assemblée, mais la situation est désormais plus complexe depuis la fracture avec le président Faye.

Cette rivalité politique s’inscrit dans un contexte plus large : celui de la renégociation des contrats avec les multinationales et de la définition des orientations stratégiques du Sénégal après l’alternance. Le 8 août 2026, date du congrès fondateur du parti de Faye, pourrait bien marquer un nouveau chapitre dans cette crise qui divise le camp du changement.