3 juin 2026
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Le Président Bassirou Diomaye Faye a dévoilé, en début de semaine, la composition du nouveau gouvernement sénégalais. Dix jours après le limogeage de son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, cette équipe de 30 membres, dirigée par le Premier ministre Ahmadou Al Amine Mohamed Lo, hérite d’un pays confronté à une dette publique colossale et à une crise économique persistante.

Le premier ministre du Sénégal Ahmadou Al Amine Mohamed Lo

1. un gouvernement minoritaire face à un parlement hostile

Le parti PASTEF, dirigé par Ousmane Sonko, a choisi de ne pas participer au gouvernement en raison de divergences majeures avec la Présidence. Cette absence souligne une situation de cohabitation inédite au Sénégal, où l’Assemblée nationale, dominée par le PASTEF, pourrait bloquer les initiatives du gouvernement.

Plusieurs figures clés du PASTEF ont quitté leurs postes, dont Birame Souley Diop (Énergie), Yacine Fall (Justice) et Maïmouna Gueye (Famille). Pourtant, certains anciens cadres du parti ont été maintenus, comme Cheikh Diba (Finances, Économie et Plan) ou Yancoba Diémé (Défense).

Départs des figures du PASTEF du gouvernement

À l’inverse, des alliés de Sonko intègrent l’équipe, comme Cheikh Tidiane Dieye (Assainissement) ou Boubacar Camara (Enseignement supérieur). La Coalition Diomaye, proche du Président, obtient 6 portefeuilles, dont l’Énergie et le Pétrole avec El Hadj Abdourahmane Diouf.

2. une représentation féminine en net recul

Sur les 30 membres du gouvernement, seulement 4 femmes occupent des postes, contre 5 dans le précédent gouvernement. Aucune d’entre elles ne dirige un ministère régalien. Les portefeuilles sont répartis entre la Famille et l’Action sociale, les Sports et la Jeunesse, les Pêches, ainsi qu’un poste délégué auprès de la Culture.

Cette sous-représentation a suscité des critiques de la part des associations féministes. Le Dr Coumba Mar Gadio, membre du Réseau des Femmes Leaders Africaines (AWLN), a souligné que cette configuration « ne reflète ni le poids démographique des femmes dans la société sénégalaise, ni leur expertise dans les secteurs stratégiques ».

Malgré la loi sur la parité adoptée en 2010, son application reste limitée aux postes électifs. Les militantes appellent à une meilleure inclusion des femmes dans les sphères décisionnelles.

3. la dette publique et les relations avec le FMI au cœur des tensions

Le Sénégal confronté à une dette publique estimée à plus de 7 milliards de dollars

Le Sénégal fait face à une dette publique estimée à plus de 7 milliards de dollars, dont une partie non déclarée. Jusqu’à présent, les autorités ont rejeté toute idée de restructuration, une position qui a alimenté des tensions avec les partenaires internationaux.

L’économiste Amath Ndiaye, professeur à l’Université Cheikh Anta Diop, estime que le pays devra « trouver un accord avec le FMI » pour reprofiler ou restructurer sa dette. Il souligne que la croissance prévue pour 2026 (entre 2,2 % et 2,5 %) est insuffisante pour stimuler l’économie face au chômage et à la hausse du coût de la vie.

Le gouvernement devra concilier nécessité économique et revendications sociales, un équilibre délicat dans un contexte de crise institutionnelle.

4. une cohabitation politique risquée

Moussa Diaw, politologue à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, qualifie la situation d’« inédite ». Il explique que les divergences entre la Présidence et l’Assemblée nationale, dominée par le PASTEF, créent une « cohabitation conflictuelle ».

Les désaccords portent sur la reddition des comptes, la gestion de la dette et les suites à donner aux violences des manifestations de 2021-2024. Le Premier ministre Al Aminou Lo, dépourvu de majorité, devra éviter les blocages institutionnels sous peine de paralyser l’action gouvernementale.

Selon Moussa Diaw, « le gouvernement n’a pas de marge de manœuvre » et devra coopérer avec le parlement pour éviter une crise institutionnelle. Il met en garde contre les rapports de force, qui pourraient aggraver les tensions.

Cohabitation entre le Président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko à la tête de l'Assemblée nationale

5. une répartition des pouvoirs conforme à la constitution

Moussa Diaw rappelle que la Constitution sénégalaise prévoit une répartition claire des pouvoirs entre la Présidence et l’Assemblée nationale. Chaque institution doit exercer ses prérogatives avec responsabilité, en plaçant l’intérêt national au-dessus des considérations politiques.

Il insiste sur la nécessité d’une concertation permanente entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko pour éviter les blocages. « Le courage politique et le patriotisme sont indispensables pour faire fonctionner les institutions », déclare-t-il.

Cette coopération institutionnelle est d’autant plus cruciale que le pays traverse une période économique difficile, marquée par l’inflation, le chômage et les attentes sociales élevées.